Littérature – De jeunes talents s’affirment

Le Salon du livre du Djurdjura, qui s’est tenu du 10 au 15 décembre, a été l’occasion de découvrir de jeunes écrivains et de redécouvrir des autres plus connus. Parmi eux, deux jeunes écrivains Djamel Massaoudène et Farida Sahoui. Le premier vient d’éditer, à compte d’auteur, son premier recueil de poésie en langue française intitulé « Gerbe d’avis ». La particularité de ce jeune poète des Aït Bouaddou, professeur de littérature française et en communication, est qu’il sort des carcans de la poésie traditionnelle faite en vers en utilisant la prose tout en gardant la rime. À titre d’exemple, ce poème sur le phénomène des harragas « L’Algérie, pays d’un large territoire, s’enfonce de plus en plus dans le noir, si bien que la plupart des jeunes et même des vieillards, à cause du grand désespoir, aspirent sans cesse au départ, sans jamais revenir plus tard, afin de fuir son horrible cauchemar, qui les guette du matin jusqu’à la fin du soir ». Sur ce choix, M. Messaoudène affirme : «le choix de ce style découle de ma volonté d’aller au fond des choses et au bout de mes idées. Avec ce style, je me sens plus libre. En plus, avec le peu d’engouement que suscite la lecture en général et la poésie en particulier chez nous, je pense qu’il est de la responsabilité des écrivains d’explorer de nouvelles formes d’écritures pour attirer le public et ne pas se contenter du fond au détriment de la forme». Ce premier recueil traite plusieurs thématiques sociales comme la religion, l’éducation des enfants ou la psychologie. L’humanisme est la trame de fond dans cette prose et un cri contre les fanatismes et les extrémismes. Pour son prochain livre, le poète affirme : «Le deuxième recueil est fin prêt avec la même trame. Des proses sur la nature et les valeurs traditionnelles de notre riche patrimoine, des problèmes socio-économiques et un hommage à un ami décédé à la fleur de l’âge. » Farida Sahoui qui a à son actif deux ouvrages, est quant à elle connue dans le milieu culturel. Son premier ouvrage intitulé «les zouaouis, les Amrouches et autres familles kabyles d’Algérie en Tunisie, hommage et témoignages» est une enquête sur des familles kabyles exilées en Tunisie pour fuir l’occupation française après la révolte de cheikh Aheddad et El Mokrani. Sur ce point l’auteur indique: «Les familles kabyles exilées en Tunisie, que beaucoup du monde ignore, sont une communauté que j’ai retrouvée par hasard. Après la révolte de 1871, beaucoup d’algériens ont fui vers le Sham (Syrie, Palestine, Liban), alors que d’autres ont choisi la Tunisie. La mémoire collective garde par exemple la famille de Si Mohand Ou Mhend dont un des frères à choisi Tunis. Ces familles m’ont ouvert leurs cœurs et raconté la mémoire de leurs grands parents. J’ai fait ça dans un travail de mémoire où je retrace leurs vécus, les conditions de leurs départs et ce qui reste aujourd’hui dans leurs mémoires collectives en ce qui concerne la Kabylie à travers les dictons ou le personnage de cheikh Mohand Ou Lhocine qui reste encore une référence». Parmi ces kabyles de Tunisie, la famille Amrouche est l’une des plus connues. Pendant une longue période, la famille de Fadhma Ait Mansour et Belkacem Amrouche a subi un ostracisme du fait de leur double appartenance kabyle et chrétienne. «A travers Jean el Mouhoub, Taous ou le cadet des Amrouche Malek, je veux mettre en exergue la participation de la communauté kabyle à la vie culturelle et intellectuelle en Tunisie», déclare Farida Sahoui. Son deuxième livre «Jugurtha, histoire d’un peuple» se veut une immersion dans l’univers de l’une des légendes de la lutte pour la liberté et contre l’impérialisme romain. Sur ce dernier, l’auteur affirme : «C’est une manière de rendre plus accessible et faire connaître l’une des figures historique qui symbolisent notre identité amazigh auprès d’un large public».

M. I. B.