L’adage est connu : le crédit tue le commerce ! C’est pourquoi, dans beaucoup de boutiques maintenant, on peut lire des écriteaux, du genre : ‘’la maison ne fait pas de crédit’’ ou, plus agressif encore, des phrases comme ‘’payez comptant’’ et ‘’pas de crédit !’’ Si dans les villes, de telles injonctions, qui rappellent à l’ordre les clients tentés par l’achat à crédit, dans les campagnes, elles choquent. Ici, en effet, les relations entre le commerçant et le client ne sont pas seulement des relations de vendeur à acheteur mais avant tout des rapports de voisinage, quand il ne s’agit pas de parenté. On se connaît et on est constamment en relation, aussi se permet-on, sans se gêner, d’aller chez l’épicier ou le boulanger, chercher ce dont on a besoin, avec l’idée de payer plus tard. Dans la plupart des villages kabyles, les commerçants tiennent même des carnets de crédit où on note les achats de chacun. En principe, chaque client règle sa note, à la fin du mois, à la perception des salaires. Mais comme beaucoup sont des journaliers et qu’ils sont souvent au chômage, les factures sont réglées en retard. Très en retard même. Résultat : beaucoup de commerçant sont de plus en plus dans l’incapacité de rentrer dans leurs comptes, donc, faute d’argent liquide, de s’approvisionner. Après avoir tenté de tenir le coup, certains refusent donc de faire crédit. Le geste n’est pas toujours compris, d’où des conflits, voire des disputes et des brouilles. Si le crédit tue le commerce, il peut hélas, tuer également l’amitié et la convivialité !
S. Aït Larba
