L’information a été donnée, hier, par la très officielle Algérie Presse Service (APS) qui parle d’une » source officielle » qui aurait aussi affirmé que la décision du chef de l’Etat » s’inscrit comme un acte de souveraineté nationale et de bonne volonté, en réponse à la mesure similaire annoncée par Sa majesté le Roi Mohammed VI, le 30 juillet 2004 « . Un autre détail : le Président Bouteflika a eu un entretien téléphonique, durant la journée d’hier, avec le souverain marocain pour » lui annoncer sa décision et lui redire combien la contribution de Sa Majesté a été effective au succès du 17ème sommet des Etats de la Ligue arabe et combien le peuple algérien s’est réjoui de son séjour à Alger « . Ces informations, même si elles ne sont pas encore confirmées par les services du ministère des Affaires étrangères, lèvent une partie du voile qui a entouré le sommet de la semaine passée entre les deux chefs d’Etat. Cette rencontre qui a eu lieu entre Abdelaziz Bouteflika et Mohammed VI a soulevé maintes interrogations dans la mesure où elle n’a été sanctionnée par aucun communiqué commun ou déclaration des deux parties. Ni les médias marocains ni ceux d’Algérie n’ont pu se munir d’un quelconque détail sur le tête- à- tête. L’évolution des relations entre les deux pays a, cependant, permis des interrogations et des commentaires très vraisemblables sur la teneur des entretiens entre les deux dirigeants dans la mesure où les dossiers les plus lourds qui restent en suspens entre les deux pays sont connus. Parce que hormis la question du Sahara Occidental qui constitue une véritable épée de Damoclès jusqu’à devenir un tabou, des responsables des deux capitales ont soulevé des points qui peuvent être aplanis dans le court et moyen termes sans que le règlement de ces derniers n’entament les intérêts des deux pays. La résolution de certains de ces dossiers est devenue ces derniers mois une question de temps tellement les signes lancés des deux côtés sont très positifs et vont vers un même objectif qui est celui de transcender les clivages bilatéraux pour aller vers une construction solide de l’ensemble maghrébin. S’il est clair que le règlement du dossier du Sahara Occidental n’est pas encore à l’ordre du jour, les autres questions notamment la suppression des visas et le volet économique ne tarderont pas à trouver des solutions. La décision prise hier par le président de la République n’est qu’une réponse à celle prise par le roi du Maroc en juillet de l’année passée de manière unilatérale. A l’époque, les autorités algériennes avaient refusé de prendre une décision similaire jusqu’à ce que » tous les autres problèmes soient réglés « . Il en est d’ailleurs de même pour la décision, également unilatérale du Maroc de rouvrir ses frontières avec notre pays qui n’a toujours pas trouvé d’écho à Alger. A rappeler dans ce sens que la fermeture des frontières entre les deux pays avait été prise en Août 1994 par l’Algérie qui avait répondu ainsi aux Marocains qui avaient décidé d’imposer le visa aux Algériens suite à un attentat qui avait touché la ville de Marrakech la même année, un acte attribué aux islamistes algériens. Cette affaire a enfoncé la détérioration des relations entre les deux capitales au point où certaines parties marocaines parlaient d’une prétendue » agression algérienne « . D’autre part, l’Algérie a tout le temps rejeté les quelques tentatives de médiation venues de quelques pays d’Europe et de l’Egypte jugeant que les deux pays peuvent se rencontrer » sans ingérence extérieure « . Chose qui s’est confirmée avec la rencontre du 24 mars dernier au plus haut sommet des deux Etats qui s’est soldée par la décision du Président Bouteflika de supprimer le visa pour les citoyens marocains. Peut-on attendre d’autres décisions plus importantes ? Rien n’est exclu maintenant que le processus de normalisation a bel et bien commencé.
Ali Boukhlef
