l Soulaïmani suspendu pour son carton rouge du match aller, Aloudi par la CAF après le rapport accablant de l’arbitre gambien qu’il a agressé au 5-Juillet, El Amrani par l’Académie Royale (la fédération marocaine) pour contrôle positif au cannabis, trois autres, dont le deuxième gardien, par la Direction du club qui n’a pas apprécié le fait d’avoir fait des vagues dans une boîte de la ville où ils ont été noyer le revers d’Alger entre filles et alcool, cela fait un joli désordre. Pour une équipe qui affronte ce soir la JSK avec un sérieux handicap chiffré à remonter, le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas dans les meilleures dispositions possibles. Mais quel que soit le bruit qui a entouré ces défections, il reste que le coup le plus douloureux qu’ait reçu le RAJA se situe ailleurs. La JSK a déstabilisé les certitudes de son adversaire parce qu’elle a joué à un niveau que les Marocains, manifestement n’attendaient pas. Et avec l’efficacité en plus. Cela s’est vérifié dans toutes leurs réactions et même, quelque part, dans le trop plein de réalisme de Jean-Yves Chay : “Si on m’avait proposé le 3 à 1 avant le match, j’aurai signé les yeux fermés”. C’est le déclin du football algérien qu’on a peut-être un peu trop vite enterré sur la scène africaine ; la relative disette de la JSK et ses problèmes de fin de saison ont placé le RAJA dans la peau de favori en puissance. Et voilà que rien, absolument rien, n’est venu confirmer une hiérarchie établie, certes sur des paramètres objectifs, mais violemment bousculée par une première manche emportée haut la main par les Canaris. Il n’y a pourtant pas que cette merveilleuse réaction de la JSK et le match plein qu’elle a livré à Alger pour inquiéter les Rajaouis et les pousser à des arguments qui ont rarement été les leurs. “La guerre” promise par Oscar Fullone, les accusations contre l’arbitre, l’unanimité autour du “niveau franchement quelconque” de la JSK ou encore la propension à contenir sa victoire dans le génie de Yacef, s’expliquent pourtant par la production du RAJA et au-delà, ses capacités à renverser la situation, aujourd’hui au stade Mohamed V. On a beau dire, cette équipe n’a pas montré grand chose et l’entraîneur argentin est le premier à le savoir… et le dernier à pouvoir le cacher par quelque pirouette. Le RAJA a fait circuler le ballon sans créer les décalages utiles, d’où le nombre insignifiant d’actions tranchantes et de fait, d’occasions de marquer. En défense, si les joueurs se sont souvent regroupés opportunément, ils l’ont fait avec une telle fébrilité qu’il y avait à chaque fois le feu. Encaisser sur corner sur une tête d’un joueur de la taille de Yacef est peut-être un signe qui ne trompe pas quant à la solidité de ce compartiment. Jean-Yves Chay le sait, lui qui disait avant le départ pour Casa que “ce serait une erreur de se cantonner en défense”. Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Maintenant que la hiérarchie est renversée sur le terrain, cette fois, il est vrai, la JSK doit confirmer par la victoire. Chose que n’a pas su ou pu faire le RAJA, “la guerre” et son lot d’enfantillages périphériques, même Fullone n’y croit pas. Trop insuffisant pour sauver sa peau, surtout qu’elle n’aura pas lieu, connaissant l’élégance légendaire des dirigeants du RAJA.
Slimane Laouari
