Le CFPA n’attire plus

Malgré le nombre sans cesse croissant de jeunes refoulés du système scolaire, les effectifs du Centre de formation professionnelle d’Ain El Hammam n’augmentent pas en conséquence. Pire encore, les sections disparaissent l’une après l’autre. Au train où vont les choses, personne ne serait étonné de voir, un jour, l’école mettre la clé sous le paillasson. Lors de notre visite sur les lieux, le directeur étant absent, nous avons pu glaner quelques informations auprès de membres de la section syndicale et d’élèves rencontrés hors de l’établissement. Le CFPA ne forme, cette année, que 170 stagiaires environ, alors que les capacités d’accueil sont estimées à 300. Le bloc internat, pour les plus éloignés, a été transformé en ateliers. Il reste tout de même la demi-pension. Les sections de garniture-auto, de maçonnerie et de comptabilité ont disparu de l’organigramme de l’établissement depuis belle lurette. Cette année, le tour de la « mécanique-auto » est arrivé, contrairement à ce qui l’on pourrait penser. L’atelier vient de fermer. Les futurs mécaniciens « préféreraient, nous dit-on, la formation chez les artisans qui offriraient une meilleure formation ». A juste titre, d’ailleurs, si l’en on croit les apprentis. Le Centre offre une formation théorique appréciable. Quant à la pratique, elle ne peut intéresser les apprenants étant donné qu’elle se fait sur du matériel d’une autre ère. Ainsi, le nouveau mécanicien, sorti tout droit du centre, ignore totalement le fonctionnement du moteur des véhicules récents. En septembre dernier, les 25 stagiaires appelés à se présenter au CFPA pour une formation en comptabilité, ont été renvoyés du fait que l’enseignant qui devait les prendre en charge a été détaché sur Azzeffoun bien qu’il demeure salarié du centre. La section syndicale n’omet pas de préciser aussi que c’est le CFPA d’Ain El Hammam qui a pris en charge la formation du PSEP en question, de même qu’une dizaine d’autres enseignants exerçant dans d’autres centres. Nous apprenons que la plupart des sections fonctionnent avec des vacataires. Les titulaires ne se bousculent pas pour aller la-haut, à trois kilomètres de la ville. Serait-ce l’une des raisons qui les font fuir ? L’état déplorable de la route, peu sûre d’ailleurs, dissuade les parents d’envoyer leurs filles sur ce tronçon. Situé géographiquement sur le territoire d’Ait Yahia, appelé CFPA d’Ain El Hammam (entendre daïra de…), celui-ci ne reçoit d’aide d’aucune des deux APC qui ne possèdent d’ailleurs pas de CCA (Conseil communal d’Apprentissage). A 1200 mètres d’altitude, le CFPA de l’ex-Michelet peut se consoler d’être l’école située sur le point le plus haut de Kabylie. Travaillant dans des bâtiments en préfabriqué, les élèves et leurs maîtres souffrent le martyr en hiver. En attendant, ils continuent de vivoter avec sept sections dont certaines avec moins de 15 élèves. Beaucoup de jeunes de la région se rabattent sur Tadmaît et Ait Aggacha et ailleurs, preuve qu’ils sont demandeurs de formation lorsque toutes les conditions sont réunies. Si, à cette situation d’éloignement, on ajoute le manque d’enseignants qualifiés, le CFPA d’Ain El Hammam est voué à la fermeture, un jour ou l’autre.

Nacer Benzekri