Le propre de la piétonnière la saleté

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l La honte de ma vie j’ai connu lorsque, m’apprêtant à entamer la rue piétonnière de notre cité, la seule à être dédiée au piéton intronisé roi à l’occasion, mon regard a croisé celui d’un groupe de touristes. Sûrement des Pieds-Noirs ! Terribles ces regards. Terrible le dégoût où se mêlent horreur, incompréhension, interrogation et un zeste de réprobation, qui s’en dégage. Un regard difficilement soutenable qui vous fait regretter d’être là, en ce moment précis. La piétonnière est devenue le lieu où se concentrent notre saleté et notre indifférence face à ce qui nous ravale au rang de bêtes ! Crottes, papiers, trous, pavés qui se sont fait la malle, l’horrible sachet bleu s’y sont donnés rendez-vous sans que cela n’interpelle le moins du monde édiles et citoyens. Et ces véhicules garés qu’ont-ils à y faire sinon narguer lois et citoyens ? Et ces pseudo-pêcheurs des pavés, n’ont-ils pas trouvé mieux que cette rue-vitrine de la cité pour se livrer à leur louche et incongru négoce ? Et ces immeubles qui menacent à chaque instant de tomber en ruines ? Et ces murs lépreux qui puent la pisse et les relents d’alcool. Et ces marchands à la sauvette présents en nombre ? Et ces zazous gominés de manière outrancière sortis tout droit d’une comédie musicale d’avant le déluge, que rien ne distingue des poteaux électrique si ce n’est leur accoutrement à 50 000 DA ?Béjaïa ton centre historique fout le camp ! Sous le regard indifférent et criminel de tous.Béjaïa des cartes postales, fleurant bon l’image d’Epinal est bien écornée. Elle ne peut même plus épater les gogos. Quant à la littérature dithyrambique qui magnifie sites et monuments, et qui porte au pinacle la ville-lumière, elle parle sûrement d’une autre époque et peut-être même d’une autre ville. Quand je vous disais que nous sommes tombés bien bas ! Si bas que nous sommes incapables de refaire le dallage d’une rue longue à peine de 100 mètres. Et on ne peut même pas étaler notre “misérabilisme” parce qu’il n’y aurait personne au monde pour nous croire. Il ne manquerait plus que ça, avec un baril à plus de 70 dollars et des caisses pleines.

M. R.

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