« Si nous avions squatté ces logements en 2001, c’est que nous avions trop attendu. Et puis, nous avions attendu aussi les recours introduits en juillet 2000, en vain. Il fallait tout de même avoir un toit », lance en notre direction un homme, la cinquantaine passée, à qui nous avons décliné notre identité. Effectivement, depuis mai 2001, plus de 150 familles occupent ces logements à la Nouvelle ville, leurs conditions de vie frisent la misère. Certes, le squat « n’est pas un acte légal », mais personne ne doit tout de même oublier qu’un danger plane dans cette cité. A commencer par l’électricité, des centaines de câbles meublent l’espace à tel point que certains pendent à un mètre du sol. « Si un enfant touche un câble, il se passera un drame », remarque un jeune qui discutait sur ce point avec d’autres à la porte d’un immeuble. Près d’une nappe d’eaux stagnantes d’où se dégageait une odeur nauséabonde, une conduite d’AEP qui alimente la cité des 22 Logements a éclaté. Comme pour avoir de l’eau, les habitants de la « Cité des squatters » ou des « ârouch » pour les autres ont élargi un trou. Munis de tout genre d’ustensiles : (jerricans, casseroles), des centaines de bambins allaient et venaient en les remplissant, à l’image de Omar, ses sœurs et les résidants de Dar Sbitar dans le roman : « La Grande maison » de Mohammed Dib. Ces petits mioches les yeux encore pleins de sommeil faisaient la course pour remplir le maximum de fûts, car, il n’ont pas droit à l’eau courante pour la simple raison qu’ils sont des squatters. A proximité de cette « source improvisée » jonchent des immondices de toute nature. Ce jour-là, vendredi, les services de la voirie ne travaillent pas. « Nous sommes les damnés de la terre. C’est une véritable misère », fulmine une autre personne. « C’est une autre forme de colonisation », ajoute un autre intervenant. Ce jour-là, Karim, Salim, et Salah sont contents car, ils ont échappé à la corvée pour laquelle ils étaient astreints, c’est à dire s’approvisionner en eau à partir d’un autre point d’eau situé à quelque deux cents mètres des lieux dans un champ voisin. Lors de nos discussions avec ces citoyens, il nous a été donné d’apprendre que cette eau était utilisée pour la lessive. Cependant, il y a lieu de se demander si ces enfants sous le soleil de plomb de ce mois de mai exceptionnel ne seraient pas tentés de « s’abreuver » quand ils ont soif. « Si c’est pour nous pénaliser qu’on ne nous branche pas à une canalisation d’eau et à l’électricité, nous n’allons pas partir. D’ailleurs, nous n’avons ni baraque ni taudis, » insiste un squatter qui paraissait désespère. Avec l’arrivée des grandes chaleurs, des maladies sont à craindre notamment celles inhérentes à l’eau ou encore aux piqures de moustiques porteurs de virus. Avant de quitter ces lieux, le groupe de squatters qui nous a invités à visiter « leur Cité » nous ont supplié de publier cet appel : « Nous appelons le wali en visite prochaine à Draâ El Mizan de faire une sortie sur les lieux. Il est le premier magistrat de la wilaya de Tizi Ouzou. C’est l’une des priorités à laquelle il devra se consacrer. Quatre ans que nous sommes-là, c’est le désarroi total. Où va notre région ? »
Amar Ouramdane
