L’été est presque là. La Coupe du monde, elle, sera vraisemblablement absente des petites lucarnes de petites bourses. De toute façon, le rendez-vous mondial ne durera pas tout l’été. En revanche, l’été, lui, dure trois mois et pourrait même jouer les prolongations. Ainsi, au terme des quelques semaines d’hypothétiques retransmissions des rebondissements cathodiques et spectaculaires de la balle ronde, le citoyen se retrouve nez à nez avec juillet, aAoût et, peut être, leur débordement. Et c’est alors que le citoyen prendra conscience que son congé a besoin de prendre des vacances. Seulement, ce commun des citoyens a-t-il les moyens de sa prise de conscience ? Non. Plus que tout autre chose, les vacances ont besoin d’argent, beaucoup d’argent. Même la hausse des salaires promise par le nouveau Chef du gouvernement ajoutée à douze mois d’économie ne permettra pas à une bourse moyenne une détente et une remise en forme d’un mois mérité. Du coup, bronzage, glaces, balades nocturnes dans des espaces plus ou moins balnéaires sont exclus ; mais ce n’est pas pour autant que le salarié baisse les bras. De toute façon, quand bien même il voudrait faire comme si il n’est pas en congé, sa petite famille lui rappellera tous les zéniths que l’été fait. Face aux petites frimousses frustrées, le père puise dans la débrouille. Au lieu de l’inaccessible séjour balnéaire, il se rabat sur Tales dit, le barrage des At Yala. Cependant, le lac artificiel n’est pas aussi facilement accessible que cela en a l’air. En plus des préparatifs circonstanciels qui valent tout de même leur pesant d’or, le père de famille doit s’assurer les prestations d’un véhicule. Une fois sur place, c’est beaucoup plus les enfants qui sont relativement contents. Le père, lui, est déjà préoccupé par la petite saignée que subit son portefeuille et par le comment honorer de sa présence le cousin qui se mariera dans quinze jours. Pendant cette journée passée aux abords du « lac Bechloul », la maman suffoque dans un « F quelque chose » en ne désespérant pas qu’un jour, elle aussi se payera au moins un…congé. D’autres pères de familles rappelés à la logique estivale par leurs enfants promettront à leurs progéniture une journée quatre étoiles à Tikjda. Là-aussi, c’est à un véritable parcours de combattant que seront confrontés les pères de familles. En plus de tous les tracas que supposent les préparatifs, s’impose celui de la dépravation de l’environnement. La montagne est prise d’assaut par des tourtereaux qui se cachent pour s’amouracher et, surtout, par les amateurs du fermenté qui traînent leur ivresse entre les cèdres et autres pins noirs. « Déchéances morales », estiment les pères randonneurs. Alors, et avant le jour de « l’ascension », ils prospectent les lieux jusqu’à dénicher un coin épargné par la « débauche ». Pour ce faire, il faut éviter les jours de semaine généralement « réquisitionnés » par les transgresseurs de la morale établie. Le jeudi est en fait la journée idéale pour respirer en famille et à plein poumon l’air d’Aswal, pendant que les enfants rêvent de se barboter les pieds dans la grande bleue et que la maman suffoque toujours dans un « F quelque chose » en ne désespérant toujours pas qu’un jour il fera bon vivre pour elle. Mais en attendant qu’un jour le congé prenne ses vacances, l’ensemble de la famille se défoulera sur fond de : « Allo trisiti ! » au moins cinq week-end à l’occasion du mariage de tel ou tel cousin(e) qui déjà est condamné à passer son voyage de noces dans sa…chambre à coucher.
T. Ould Amar
