L’été est la saison où l’on prend conscience ô combien les longues journées sont ennuyeuses à Bouira, pour bien sûr le citoyen qui, faute de moyens n’a pas la chance de mettre le cap sur la côte, voire même sur le barrage d’à côté. Pourtant, comme dans le reste du pays, une direction de la culture est bel et bien implantée. Elle est là, en fer, en béton et, surtout, en bureau gérant chacun un service. L’édifice abrite un personnel censé justifier le salaire qu’il perçoit grâce aux contribuables, ces citoyens que justement l’été ennuie jusqu’à la lie. Bien sûr qu’il y a ces journées circonstancielles pour fêter telle ou telle occasion verte, blanche et rouge retenue dans l’agenda officiel que la direction de la culture consulte chaque jour que le calendrier fait, de peur de rater l’événement solennel du moment. Pour ainsi dire, la direction n’excelle que dans l’art de commémorer avec un faste officiel le calendrier. En plus, ces manifestations très politiquement correctes ne défoulent pas grand monde, elles ne convainquent même pas leurs initiateurs. On les fête comme on s’acquitte d’une dette. Un devoir qui revient mécaniquement chaque année et à la même date. Cela dit, les responsables de la culture officielle se sont aventurés à organiser, en dehors des dates figées, une manifestation qu’ils réitèrent chaque année et qu’il veulent d’envergure nationale. Il s’agit de cette rencontre sur les érudits de Bouira. Du point de vue intellectuel, l’initiative de la direction de la culture pourrait intéresser ces personnes savantes pour qui la culture ne se définit que dans le religieux. Le salon du livre, une autre manifestation mécanique initiée par la direction de la culture, n’a de salon que l’appellation. Déjà le livre, à l’exception de celui des recettes de cuisine et du religieux, n’y est pas. En fait, il s’agit d’une activité purement commerciale qui n’attire pas grand monde et où seuls les libraires et les éditeurs conviés y trouvent leurs comptes. Des nouvelles, des romans, des essais, des conférences thématiques et autres débats enrichissants, le public pas très enthousiaste n’en saura rien. De toute façon et s’agissant de l’été, l’esprit dilaté comme le mercure a, pour ainsi dire, la tête ailleurs. Il a plutôt besoin d’activités rafraîchissantes et tonifiantes à même de lui permettre une rentrée sociale des moins angoissantes. Il a besoin de s’évader par le biais de soirées théâtrales à Lala Khadidja, ce théâtre communal qui sert à tout sauf à donner libre cours aux acteurs qu’il n’accueille presque jamais. Il a besoin de se libérer de onze mois de stress allant crescendo à cause d’un portefeuille qui suit de moins en moins des besoins de plus en plus inaccessibles. Cet esprit a besoin de se « déhancher » à la salle Errich, cette salle des fêtes et ex-salle de cinéma confisquée à vie par les meeting politiques qui le plus souvent n’ont de politique que l’appellation des partis qui les animent. En résumé, cet esprit a besoin de se sentir libre, d’avoir au moins l’impression de l’être. Pour ce faire, il faudrait que la direction de la culture, elle, se libère de ses automatismes calendaires, qu’elle comprenne que la culture est polychrome et qu’aucun calendrier au monde ne peut la contenir. Plus terre à terre, la culture c’est aussi « Allo trisiti ! » et autre « Ya chriki esta la vesta ! ». En attendant que l’on ingère une définition plus large et plus débraillée de la chose culturelle que l’on continue à confondre avec la culture du tubercule, le bouiri, surtout, le jeunes improvise des soirées douteuses, très douteuses.
T. Ould Amar
