L’oued, un monstre dormant

Alerte ! L’oued qui traverse et coupe la ville d’Amizour en deux rives a déjà grignoté une bonne partie de la terre ferme au profit de son périmètre qui a augmenté de 20%. Ses crues, même saisonnières, menacent potentiellement les habitants et les surfaces agricoles. Après avoir longtemps sous-estimé le problème, les pouvoirs publics réalisent l’ampleur des dégâts qui peuvent advenir. L’Oued Amizour est un cours d’eau caractérisé par une pénurie en été et abondance en période hivernale. Ses crues généralement pluviales viennent des collines de Boughiden et de Taddart Tamokrant au pied desquelles ce oued prend naissance, serpente sur les prairies de Tammam puis traverse la zone urbaine avant de se jetter dans le fameux oued Soummam. Le pont d’Amizour, qui enjambe cette rivière au centre-ville, a déjà subi les affres de ses crues. Pour le commun des Amizouriens, comme pour les plus âgés le chenal a beaucoup gagné en largeur au détriment des terres agricoles et d’autres espaces qui menacent disparition. Si naguère les habitants se tenaient loin de cette rivière, à présent et suite à l’invasion du béton, nombreux sont ceux qui côtoient de plus près l’oued. Les riverains qui certainement sont mis en confiance par le caractère « sec » de ce cours d’eau dans la plupart du temps, ne se soucient guère, pire encore, ils trouvent l’aubaine d’y jeter leurs ordures et autres détritus. Une prise de conscience, cependant, a envahi les responsables locaux qui ne cessent d’avertir les pouvoirs publics quant au double danger qui menace la ville. D’abord, les crues qui « dévorent » les terres fertiles puis d’éventuelles inondations, comme celles, monstrueuses, ayant dévasté la ville et les champs en fin des année 60. Une catastrophe qui est restée indélébile dans les mémoires de ceux qui l’ont vécue. Actuellement, deux études intéressent les autorités concernées. Il s’agit de celle qui a trait à l’inondabilité et celle déjà en cours permettant le curage et le gabionnage sur une longueur de 5 km du lit de l’oued. Deux projets qui semblent pharaoniques, mais une fois réalisés, assurent plusieurs objectifs, notamment sécuriser la ville, gagner des espaces et puis embellir cet espace naturel qui perd son charme. D’une pierre, deux coups. L’aménagement de l’oued a un aspect préventif et curatif avant qu’une catastrophe ne survienne car, de l’avis de nos ancêtres, il faut se méfier des eaux qui dorment.

Nadir Touati