L’arrivée de l’été complique davantage les conditions de vie, qui sont déplorables, des 38 familles ayant squatté, en 2001, les trois cités « Zedma », desquelles elles ont d’ailleurs été chassées manu militari par les forces de l’ordre en mars 2003. Cela fait donc un peu plus de 3 ans depuis que ces ex-squatteurs vivent à Bir Slam, à l’entrée ouest de Béjaïa, dans des taudis fait de roseaux, de cartons, de plaques de zinc et de branchages. Un ensemble hétéroclite qui ne peut rien contre la chaleur, suffoquante de l’été et de l’humidité. Ces bicoques, c’est à peine si elles font de l’ombrage, ressemblent à des saunas infects. Elles abritent des femmes et des enfants. Brahim, un père de famille qui dit avoir 10 personnes à sa charge, affirme être bricoleur de « métier ». Il nous invite à pénétrer dans sa masure. Les mauvaises odeurs et le pollen d’encalyptus nous « assaillent ». Dans une « pièce », quatre fillettes dorment encore. Il est à peu près 10h du matin. L’air y est irrespirable. Brahim promène ses bras en nous invitant à regarder. « Voyez dans quel état nous vivons », dit-il. Ses filles se réveillent. Sarah et Haoua, respectivement 11 et 7 ans, souriaient quand même. Pas de confusion, elles ne sont indubitablement pas satisfaites. Les anges pouvaient-ils faire autrement ?Derrière ce taudis, une ravine faisant office de collecteur d’eaux usées. L’endroit est infect. Brahim témoigne des misères qu’ils subissent lui et les siens, en hiver. « L’eau de pluie pénètre dans la masure. Nous restons éveillés toute la nuit avec les enfants ». La nouvelle de notre présence s’est propagée telle une traînée de poudre : femmes, hommes et enfants nous entourent. Ils en ont gros sur le cœur. Ils nous relatent leur quotidien fait de souffrances et de désillusions. On apprendra que beaucoup de personnes souffrent de maladies chroniques : on nous énumère le diabète, l’asthme, l’hypertension, les affections rénales et des troubles psychiques telles que l’obsession et surtout la dépression nerveuse liée justement au vécu quotidien de ces gens. Une veuve, qui dit avoir perdu son mari qui s’est suicidé, atteste qu’elle est dépressive hypertendue et diabétique, en nous montrant ses médicaments. Elle dit qu’elle n’en peut plus et que si cette situation perdure elle se suiciderait. On nous invite de toutes parts à pénétrer dans les taudis. Le constat est partout le même : saleté pestilence, bref, c’est invivable. L’hygiène a « déserté » les lieux. Cette situation difficile est accentuée par le manque d’eau. Le camion-citerne qu’envoie l’APC est « insuffisant » de l’avis de ces résidants qui disent qu’il est « irrégulier ». Un particulier ramène quand il peut, selon toujours nos interlocuteur, une citerne d’eau. Cependant, on nous dit qu’elle n’est pas potable. L’on soupçonne l’apparition de maladies à transmissions hydriques (MTH) puisque, nous dit-on, des personnes, notamment des enfants, souffriraient de diarrhées. La proximité de ce bidonville de la voie ferrée et de la RN 12 n’est pas faite pour arranger les choses, surtout pour les enfants. D’ailleurs on nous a témoigné qu’un enfant a failli être « haché » par le train, n’était l’intervention de la police. A la question de savoir s’il y avait un problème d’insécurité dans ces lieux, nos vis-à-vis rassurent qu’ils n’en ont aucun. Toutefois, ils sont traumatisés et vivent dans la hantise des incursions de sangliers qui se manifestent, selon toujours nos interlocuteurs, de temps en temps. Les serpents et les rats ne se comptent pas. Une femme, témoigne-t-on, a été mordue à l’oreille par un rat : ce qui lui a valu un traitement de 3 mois. Concernant le volet scolaire, il y a des élèves qui ont abandonné leur scolarité à cause du manque de transport et surtout parce que cela recuient cher. Comme nous le dira ce parent : « Mon fils ne va plus à l’école à cause de cette situation que nous endurons. La scolarité me revient chère. Doit-on apprendre ou se nourrir ? », finit-il par se poser la question. Une autre parente témoigne des difficultés qui entravent la scolarité des enfants issus de ce bidonville, elle dira avec beaucoup d’émotion que son fils « s’est jeté dans l’oued Soummam parce qu’il ne pouvait plus réviser ses leçons pour passer les épreuves du bac, heureusement qu’on l’a repêché à temps ». Le chômage bat son plein dans cette « favela ». La majorité des pères et mères de famille ont des emplois précaires et mal rémunérés. C’est à peine, peut-être, s’ils peuvent assurer le lait et le pain de leurs progénitures. « Je travaille comme femme de ménage chez des gens et je gagne 5 000 DA par mois », nous dit cette femme, divorcée et qui a 3 filles à sa charge. Son ex-mari lui verse une pension qui ne dépasse pas les 2 000 DA. Pour sa part, une veuve affirme qu’elle touche une pension de 6 000 DA et que sa famille se compose de 7 personnes. C’est dire que tout est précaire dans ce purgatoire qui perdure encore pour cette quarantaine de familles. Depuis 3 ans elles endurent les pires conditions de vie, où les aléas climatiques et « l’indifférence » des pouvoirs publics font que la situation s’empire de plus en plus pour déboucher, peut-être, sur des conséquences incontrôlables.
A. Yahiaoui
