Le téléphone gratuit

Une ligne de téléphone et un appareil gratuits : les gens n’en croyaient pas leurs oreilles. Le coup de pub d’Algérie Télécom a éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, plus, il a fait l’effet d’une bombe, explosant au milieu d’un marché, un grand jour de « souk » ! En tout cas, ils auront été des centaines, en Kabylie, à se faire installer ‘’à l’œil » l’appareil, à faire entrer, comme le disent certains, le ‘’progrès » chez eux. Pour beaucoup de montagnards, en effet, le téléphone, comme l’électricité et l’eau courante les premières années de l’Indépendance, symbolisent la vie citadine, donc l’évolution et le progrès. Certes, il y a des portables dans beaucoup de familles, mais le téléphone fixe est un autre symbole : c’est la ligne, le raccordement à un réseau, l’appareil posé sur une étagère ou un guéridon… Plaisir de voir ce symbole de la citadinité, de l’entendre sonner, d’appeler les proches, de leur dire qu’on a un téléphone et de leur donner son numéro. Certes, le téléphone est d’abord un objet utilitaire mais c’est aussi, dans ces régions pauvres et souvent démunies, un moyen d’affirmation, de promotion sociale Signalons, cependant, que certaines personnes, ont refusé le ‘’téléphone gratuit », à 1 dinar l’appel (en fait 1 dinar hors taxe et les 30 premières secondes seulement) : pour ces personnes, qui savent par expérience que ‘’rien dans ce monde n’est gratuit », l’opération cache quelque chose de louche… Méfiance paysanne, qui n’a pas freiné l’enthousiasme des heureux connectés. Du moins pour le moment!

S. Aït Larba