Cheikh Amoqran est né vers 1870. Ayant toujours vécu dans le respect de la religion musulmane, il en est devenu un des piliers principaux, celui dont les maximes sont reprises encore à ce jour. On raconte qu’il aurait, un jour, durant une « moudawala » invité un des chouyoukh présents à se joindre aux Khouan qui chantonnaient en dansant au milieu de la grande salle. Celui-ci aurait répondu qu’il « ne savait pas danser », ce à quoi le Saint homme aurait répondu : « Il arrivera un jour où tu devras savoir danser, sinon tu resteras tout seul dans ton coin ». Cette prophétie n’est pas des moindres par rapport à tout ce que le Saint homme a laissé derrière lui comme dictons et maximes. Cheikh Amoqran a quitté ce monde le 20 juillet 1941, en pleine Guerre mondiale. Il aurait prédit la victoire des alliés et aussi la future indépendance nationale. Sa vie durant, il a combattu l’hérésie et semé des germes de la religion musulmane dont il a toujours défendu les valeurs. On n’oublie pas de rappeler que les différends entre les gens d’un même village ou autres trouvaient leur juste solution à la satisfaction de tous les protagonistes qui ne manquaient jamais de saluer sa grande sagesse et qui, de retour chez eux, ont auréolé son nom d’anecdotes diverses, toutes à son honneur. On raconte qu’il aurait même été arrêté par la police coloniale et jeté dans une cellule. Les militaires n’arrivaient pas à comprendre comment ce « vieux monsieur avec son éternel burnous blanc immaculé » qu’on enfermait chaque soir à double tour était retrouvé devant sa cellule le lendemain matin, faisant sa prière le plus calmement du monde. Cela aurait suffi pour lui attirer un respect quasi-religieux des geôliers. Le Saint homme est décédé sans descendance, mais sa famille spirituelle se réfère à sa pensée et à son enseignement en continuant son action à travers une association religieuse ouverte à tous et par tous. Cette association religieuse, dénommée « zaouia cheikh Amoqran », totalement à la charge de la famille spirituelle, des dons des citoyens qui affluent en toutes circonstances, du soutien du village d’Aït Zellal et des autres villages qui apportent leur contribution ainsi que des subventions que les Autorités n’oublient pas d’allouer aux associations religieuses, active. Elle a ouvert ses portes depuis peu, offrant une formation coranique aux jeunes de tout horizon, venant de partout, de pratiquement toutes les wilayas du pays pour se former, non seulement en culture coranique mais aussi en culture générale. La famille « Ath Cheikh » s’honore de cette gestion et de cette responsabilité. Les hommes veillent à la pérennité de la mémoire du Cheikh, tandis que les femmes continuent de maintenir les lieux dans une propreté impeccable, assurée de l’appui de toutes les femmes du villages — et des villages environnants. Même si la mosquée paraît achevée de loin, il semble que les travaux continuent encore. L’architecture n’en finit pas de s’accroître et de se parfaire. Dès l’entrée, on aperçoit les gravas, les tas de sable, les sacs de ciment, toutes les preuves que les travaux d’extension et d’amélioration ne finiront pas et que les lieux permettront bientôt d’égaler la grandeur du Saint Cheikh Amoqran, protecteur des lieux. Que sa Bénédiction soit sur nous.
Mechri Sofiane
