Repeuplement

Tout le monde le sait : de nombreux villages kabyles se dépeuplent : certains sont même carrément abandonnés par leurs habitants. En fait, l’exode des ruraux vers les villes, amorcé durant la guerre de libération n’a pratiquement pas cessé : des familles entières, n’arrivant pas à trouver leur subsistance dans les campagnes sinistrées, les ont quittés pour les villes voisines ou Alger. La capitale est même devenue, avec cet afflux, la ville la plus kabyle du pays, avant même Tizi Ouzou ou Béjaïa ! Depuis 2201, on a même vu des dizaines de familles s’installent en France ! Les villes, plus que les villages, offrent plus de possibilités d’emplois, elles ont aussi des structures sanitaires et scolaires en plus grands nombre : pas besoin de faire des dizaines de kilomètres pour se soigner ou pour s’instruire ! Et qu’importe si les conditions de logement ne sont pas idéales : ce que l’on perd en espace, on le gagne en travail permanent et en scolarisation ! Ceux qui restent dans les campagnes sont ceux qui ont des revenus suffisants (terres, oliviers, commerces), les retraités et ceux qui, faute de moyens, n’ont pas où aller ! Des dizaines de maisons, anciennes et récentes, sont fermées, des camps sont à l’abandon… Mais au cours de l’été, les villages vidés, naguère silencieux, faute d’habitants, s’animent. Les émigrés et les vacanciers sont là : les enfants crient, les femmes vont et viennent, les cafés se remplissent, et on a l’illusion que la vie va reprendre, comme autrefois. Mais ce n’est qu’une illusion…

S. Aït Larba