En Bref

Le danger vient d’en hautl Le danger qui plane au-dessus des têtes de simples piétons qui s’aviseraient de parcourir les venelles au charme discret de la vieille ville, loin d’être virtuel est permanent. Là, c’est un balcon que seul un petit rien retient, ici c’est l’enchévêtreent de fils électriques dénudés sujets à des débuts d’incendies à la moindre rafale de vent, au-dessus des portes des entrées des immeubles qui eux-mêmes n’offrent aucun gage de sécurité. Mais tout ça n’est rien et s’apparente à des vétilles devant l’imminence d’une catastrophe, au bas de la rue du Vieillard, au-dessus de l’ex-CRMA où deux ou trois blocs monumentaux ne tenant que par miracle et qui sous les coups de boutoir d’un arbre (oui d’un arbre !) aux puissantes racines, qui a poussé sur la terrasse (toute ressemblance, même lointaine avec les fameux et fabuleux Jardins suspendus de Babylone ne pouvant être qu’anachronique et incongrue) menacent à tout moment de s’abattre sur une ou plusieurs têtes. La prise en charge de l’ancien bâti relève à Béjaïa de préoccupations insignifiantes tant nos décideurs n’ont d’yeux que pour le futur. Un futur improbable, dont la seule forme tangible tient à des maquettes et autres photos et plans.

Des immeubles en ruinel Grandeur et décadence d’une ville tant et tant louée et qui, aujourd’hui, par la faute des hommes est devenue quelconque, sale, repoussante. « Nous n’avons pu l’entretenir ni la maintenir tout au moins dans son état initial », confessera un vieux. Du boulevard Bouaouina, ex-Bd Clemenceau, peut-être la plus belle avenue de Bougie, il ne reste que des arbres centenaires, plus ou moins entretenus par des tailles annuelles. Les immeubles cossus, fierté de colons qui se vantaient à tout bout de champ de la vue plongeante qu’ils avaient sur la mer, unique à Béjaïa, sont tous défraîchis et puent la crasse. Certains n’ont plus de portes dignes de ce nom. Quant aux cages d’escaliers, elles nous rappellent celles des immeubles abandonnés de Harlem ! Même pas fichus de soigner leur cadre de vie et d’entretenir des chefs-d’œuvre architecturaux qu’ils n’ont ni édifié, ni même acheté. En 1962, c’est la hache qui a départagé anciens et nouveaux propriétaires ! Ceci explique peut-être cela. Ça aurait été leur bien personnel, construit à la sueur de leur front qu’ils s’en seraient pris autrement. Et dire que ces mêmes personnes qui depuis se sont achetés conduite, citadinité, allant jusqu’à changer de parler se gaussent des ex-squatters, ceux de Bir Slam aujourd’hui, alors qu’ils ont fait œuvre de pionniers, vulgarisant le concept de squat ici à Béjaïa !

La piétonnière : la décadence s’accélèrel La piétonnière, la seule de la ville, arbore un air de décrépitude avancée. Jadis fleuron de la cité, réputée pour ses magasins et une propreté qui faisait la fierté et le bonheur des riverains, elle n’est plus aujourd’hui qu’une obscure et sale venelle, au revêtement qui part en lambeaux, squattée par une faune d’automobilistes, pour qui l’endroit est le parking rêvé. La présence d’éléments des forces de l’ordre à quelques mètres à peine, loin d’être dissuasive est perçue comme une sécurité supplémentaire par les mauvais sujets de la cité, tant la permissivité bienveillante des hommes en uniforme semble acquise de jour comme de nuit. Les immeubles, qui tombent en ruines, les magasins fermés, une atmosphère alourdie par l’impression diffuse d’un danger imminent et les relents d’urine tellement tenaces que ni les pluies en hiver, ni les nettoyages à grands jets de flotte matinaux n’arrivent plus à évacuer, sont autant de signes d’une décadence qui s’accentue chaque jour un peu plus. Une déferlante en vérité qui frappe la quasi-totalité du centre historique de Bougie dit la flamme, un infime point lumineux vacille. Pour une fois que la population et les autorités locales sont en phase, gageons dans un avenir pas très lointain, de nombreux vestiges de Béjaïa, il ne restera rien, pas même leur souvenir. Au temps des vœux pieux, succède le temps de la ripaille et autres zerdas. Il n’y a que ça de vrai ! Pour certains…

M. R.