Véhiculés et équipés de moyens sonores, les praticiens de la médecine parallèle ont choisi de ratisser large parmi le grand public pour pouvoir dénicher le maximum de clients possible. L’activité, qui ne requiert pas un fonds de roulement, à l’instar des autres commerces qu’on retrouve dans la fonction libérale semble rayonner. Un large pan répertorié parmi les chômeurs et les prolétaires à revenus limités n’ayant pas les moyens d’accéder aux soins de la médecine conventionnelle sont les potentiels clients. Les endroits publics ciblés qu’écument ces « guérisseurs miracles » restent les marchés hebdomadaires. Au marché de Tazmalt comme dans celui des véhicules qui se tient vendredi à Akbou, on en dénombre au moins quatre dont une femme. L’un d’entre eux quinquagénaire et ayant la capacité de s’exprimer en arabe, en kabyle et moins bien en français n’éprouve aucune difficulté à créer son « bain de foule » en vantant à gorge déployée les mille vertus de sa « thérapie » n’hésitant pas un instant à jurer par Dieu et tous ses saints que ses patients antérieurs ont bel et bien trouvé guérison grâce aux produits qu’ils lui ont achetés la semaine ou la quinzaine d’avant. « Je possède sept médicaments, martèle-t-il à tue-tête dans un micro qui grésille à plus de 100 décibels. Ses produits naturels issus du terroir, assure-t-il, possèdent des qualités insoupçonnables qui n’ont plus à démontrer leur indication thérapeutique pour guérir plusieurs maladies dont la médecine conventionnelle ne parvient pas à venir à bout. Et en présentant un de ses médicaments, dont il fait connaître la composition physico-chimique, il ne manque pas d’imagination pour débiter des discours tous azimuts qui font mouche. Avec ses capacités linguistiques et sémantiques, il profite à outrance de la naïveté et de l’état presque désespéré des malades qui l’entourent pour convaincre aisément de « l’efficacité de ses médicaments ». Ce mélange de plantes et de miel est indiqué, lance-t-il à cet auditoire acquis, dans la prise en charge de maux qui posent de sérieux problèmes aux médecins. Et il commence à égrener une liste interminable de maladies chroniques requérant des traitements thérapeutiques à vie ou encore des traitements chirurgicaux coûteux. Dans la foulée, il cite nombre de maladies incurables et d’autres graves et susceptibles d’entraîner des complications. Au moment où il ne doute plus qu’il a provoqué un attroupement suffisamment important et chauffé à blanc par le discours mi-religieux, mi-scientifique, il présente un des sept produits miracles et annonce la couleur. « Essayez, c’est seulement 200 DA, c’est efficace là où Maalox et Tagamet ont échoué », prétend-il. Puis d’apporter un bémol en affirmant que « seul Dieu, le Tout-Puissant est capable de guérir les humains souffrants ». Par moment, il sollicite un ancien client parmi la foule pour dire à l’assistance que ses déboires de santé, grâce aux soins prodigués, font partie du passé. Avec le temps qui passe, son discours devient dangereux. Jugeons-en : monsieur le guérisseur conteste la mesure médicale qui consiste à proscrire les épices (les piments) de l’alimentation du patient qui souffre d’hémorroïdes en martelant à ceux qui veulent l’entendre qu’il ne s’agit là que d’une aberrance, voire une absurdité. Enfin, dans sa frénésie teintée d’un mercantilisme qui ne dit pas son nom, il propose d’autres herbes conditionnées contre les ulcères d’estomac, les colopathies, les cardiopathies, les néphropathies et, chose invraisemblable, même pour les insuffisances rénales aiguës ou chroniques. Dans l’entourage où on trouve du mal à s’entendre les uns les autres, à cause du tapage qu’il génère dans le marché, on ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer. En tout cas, ces monsieurs « à tout guérir », jusqu’aux scènes de ménage qui secouent certains foyers, voire les impuissances ou imperformances sexuelles innées ou acquises, continuent à jouir d’une grande notoriété dans la région. Et leurs affaires sont rayonnantes, personne ne peut prétendre le contraire.
Z. F.
