Tourisme et artisanat, deux mamelles bien avachies

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La huitième édition du tapis d’Ath Hichem se veut être un rendez vous incontournable par les autorités et par les différents ministères chargés de veiller sur ces secteurs. Pourtant au fil du temps, et ce depuis de longues années marquées par la décennie noire, l’artisanat n’a pas cessé d’évoluer à l’abri des regards officiels et bien loin des somptueuses manifestations se déroulant chaque année dans différents pays du bassin méditerranéen. En prenant comme exemple le somptueux tapis de Guerrouma qui a reçu un prix pour son excellente qualité à Bruxelles durant les années 90, on s’apercevra que les populations de cette localité continuent de tisser leurs ouvrages consciencieusement comme si la gloire n’était pas au rendez-vous. Les femmes aux doigts de fées, loin des cérémonies, s’attellent à perpétuer leur savoir-faire sans se préoccuper des décisions des autorités pour relancer telle ou telle branche de l’artisanat. Concernant le tourisme, la situation demeure la même, les gérants d’hôtels et d’auberges qui avaient acquis une solide réputation pour les qualités et les prestations de services qu’ils assuraient durant une certaine période, ont vite déchanté en s’apercevant que les distinctions reçues, aussi prestigieuses soient-elles, n’assuraient guère le couvert. Mercredi dernier c’était le prix Quality Summit qui était décerné à un complexe touristique de Boumerdes, un trophée dont rares sont les personnes qui peuvent se vanter d’avoir été récompensés par une telle distinction. Mais que réserve l’avenir pour le gérant de cet hôtel ? Certes, à chaud les commentaires sont prometteurs et surtout enthousiastes, mais peut-on considérer la société algérienne comme une clientèle permanente avec le pouvoir d’achat qui ne cesse de se dégrader ? Sur cette question, les experts en la matière ont crée ce qui s’appelle un guide chargé de faire un suivi annuel des établissements et des prestations de services qui y sont assurés. Ce guide se conforme aux exigences de la clientèle sans pour autant cibler une certaine catégorie de citoyens. Des établissements propres et convivials peuvent figurer en bonne place dans le hit des endroits adéquats aux touristes. L’artisanat et le tourisme sont deux secteurs névralgiques qui peuvent apporter une manne non négligeable aux collectivités locales à condition qu’une réelle politique soit appliquée. Les sites se prêtant parfaitement au tourisme existent et Dame nature n’a pas été avare en matière de dotation de paysages féeriques. Tikjda et Asswel sont des joyaux de la nature certes, mais hélas abandonnés par les faisant fonction de joailliers qui ne les ont dotés d’aucun écrin. La dégradation intensive de l’environnement n’est sûrement pas pour arranger les choses. Les autorités concernées par la promotion de ces secteurs devraient faire montre d’un peu plus de démagogie pour attirer les touristes dignes de ce nom. Le développement du secteur de l’artisanat est lié à celui du tourisme, l’un ne va pas sans l’autre, un peu comme le destin de frères siamois. On parle souvent de relance de ces secteurs, des fois même de promotion, mais peut-on promouvoir la médiocrité ? Assurément non, de même pour la relance. La relance signifie qu’il fut un temps durant lequel l’artisanat et le tourisme avaient évolué sous le ciel algérien, mais aussi bien le tourisme que l’artisanat étaient à cette époque consignés à telle enseigne, que ces secteurs étaient qualifiés d’économie de subsistance. Depuis les années 70, années glorieuses du baby-boom qui présageait une relève consistante et un développement solide quant à l’essor de ces activités, de nombreux facteurs sont venus obscurcir le firmament tant désiré. Aujourd’hui encore l’absence de mesures concrètes visant à propulser l’Algérie, au même titre que ses voisins marocains et tunisiens, comme destination touristique par excellence se fait ressentir notamment auprès des opérateurs économiques qui préfèrent eux, investir sous des cieux plus cléments. Les “Clubs Med” qui se sont installés un peu partout autour du bassin méditerranéen en sont une preuve on ne peut plus flagrante. Devant ce constat, force est de constater que le tourisme et l’artisanat sont deux mamelles bel et bien avachies.

Hafidh Bessaoudi

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