Loundja, la doyenne, a fêté ses 110 ans

C’est en avril dernier que la doyenne des archs d’Ath Yahia Moussa a soufflé sa 110e bougie. Il s’agit de la personne la plus âgée selon le recensement fait des centenaires de la commune. Belhadj Tassadit est née en 1896 à Ath Houahadj. Selon son acte de naissance, elle est la fille de Mouh Oussaïd et de Mellah Djouher du douar d’Imkiren. D’ailleurs, Na Tassadit était liée par sa mère au colonel Ali Mellah. Dans son village, on la surnomme Loundja (fille de Taryel, l’ogresse). On nous a raconté que ce surnom lui a été donné en raison de son courage. Effectivement, à entendre les histoires racontées à son sujet, ce nom lui sied comme une tenue de guerrière. Avant de fêter son 30e printemps, elle connut trois mariages. Elle rompit avec ses deux premiers maris car elle ne put supporter les différentes soumissions qu’ils lui imposaient. Son premier mariage eut lieu en 1904, avec un homme plus âgé qu’elle. Notre Loundja ne supporta pas de vivre avec lui essentiellement à cause des parents de son mari et de ses frères, qui étaient au nombre de onze. Quelques temps après, elle eut un deuxième mari. Union qu’elle ne réussit pas encore, même s’il elle avait donné naissance à quatre filles, mortes l’une après l’autre suite aux maladies qui sévissaient dans nos villages à cette époque-là. Un seul enfant survit aujourd’hui âgé d’environ soixante-dix ans. Retour dans son village, pour s’unir pour le meilleur et pour le pire avec Amar Oussaïd Oukaci avec qui elle eut un garçon. Ironie du sort pour ses trois mariages, elle vécut une partie de chacun d’eux dans les derniers siècles (19e, 20e et 21e siècles). Durant la guerre de Libération nationale, elle parcourut les villages d’Ath Yahia Moussa, de M’kira et même de Draâ El-Mizan en se faisant passer pour une voyante (Tadarwict). Elle n’en était pas une réellement, mais c’était tout simplement un alibi qu’elle trouvait pour servir d’agent de liaison entre les Moudjahidine. En dépit de son âge avancé, Na Tassadit est toujours là comme un monument. Elle peut rester des jours et des jours à raconter la vie des siens jalonnée de toutes les misères. C’est une femme qui continue à préparer ses repas sur un feu de bois. Elle n’a d’ailleurs jamais eu de réchaud à gaz. On nous dit d’elle également qu’elle est une grande danseuse. Na Tassadit assiste à toutes les fêtes du village. Toujours égale à elle même, elle ne cesse d’animer les discussions avec son humour d’antan. Ce qui suscite en elle un mouvement de colère, c’est qu’elle n’est pas reconnue comme Moudjahida en dépit de son engagement dans la guerre de Libération nationale avec ses frères et sœurs qui ne sont plus de ce monde. Pour elle, l’essentiel est que l’Algérie soit libre. Trois mille dinars d’AFS ne lui suffisent pas, mais souhaitons-lui encore bien d’autres années. Longue vie Na Loundja et à très bientôt.

Amar Ouramdane