Il s’appelle Camp international de la jeunesse. De nos jours, c’est un centre de vacances prisé par des jeunes en quête d’un séjour estival à Tigzirt. Pour les habitants de la localité, il s’appelle Camp Ali-Yacine.En l’évoquant, son nom fait frémir et fait pleurer plus d’un, parmi les générations ayant connu la révolution armée contre le colonialisme français. Ali Yacine est le propriétaire de ce camp, qui s’étale sur plusieurs milliers de mètres carrés.A l’intérieur, la villa de ce résidant subsiste toujours. Au lendemain du 1er Novembre 1954, alors que la révolution avait ébranlé le colonialisme, l’armée française a réquisitionné ce camp, qui se situe au centre-ville, pour le transformer en une caserne et un centre de détention. Des milliers d’Algériens ont transité par ce camp. Si pour certains, des stigmates et des cicatrices marquent à jamais leurs corps et leurs esprits, d’autres ont péri sous la torture et les fusillades.Jusqu’à présent, les cachots en ruine, témoignent de cette horrible guerre qu’a vécu le peuple algérien contre les Français. L’on compte une dizaine de cellules, pouvant contenir 5 m3 chacune environ. Dans ces dernières, l’on pouvait entasser jusqu’à 10 prisonniers dans chacune d’elles.Parmi les prisonniers, il y avait des hommes, des jeunes, des adolescents, des vieux et des femmes. Le toit en zinc, les murs en pierre, le sol en caillasse. Les prisonniers devaient y manger, dormir et faire leurs besoins dans la même surface. Le séjour dans ces cachots pouvait s’étaler entre 10 à 180 jours.“Les prisonniers de ces cellules sont transférés chaque jour vers les locaux de torture sis aux ruines romaine. Le soir, certains meurent d’autres s’affaissent sous les douleurs, durant toute la nuit à leur retour dans la cellule. Le lendemain on les ramène pour d’autres séances de torture”, témoigne Amar Kara, ancien moudjahid, et détenu, ayant pu s’évader du camp Ali- Yacine.Et notre témoin de poursuivre : “Après avoir extirpé sous la torture les renseignements voulus, l’on décide du sort du prisonnier. Soit on le liquide, soit on le met dans d’autres salles de prison, ou si l’on juge qu’il a résisté à ne pas cracher le morceau, on le transfère vers les prisons de Tizi Ouzou, de Boughar ou de Blida”. Il n’y a pas que les gens de la région qu’on emprisonnait dans ce centre. Ce dernier est un triste lieu “d’accueil” de tous les citoyens soupçonnés de contribuer à la révolution, à travers la Kabylie particulièrement. Au cimetière de chouhada de Tassalast, plus de la moitié des tombes sont anonymes. Ceux-là, sont pour la plupart les prisonniers ayant succombé sous les tortures des bourreaux de l’armée française.A l’occasion du 50e anniversaire du 20 Août 1956, un recueillement a été observé dans le camp et une gerbe de fleurs a été déposée au mémorium érigé dans ce terrible centre.Dans la foule, on a demandé à un ancien détenu de prendre la parole pour témoigner. Ce dernier s’est mis à pleurer et a refusé de se mettre devant pour raconter : “Laissez-moi tranquille. Ca fait très mal, je ne peux pas raconter !” fulmine-t-il impuissamment. Ce centre à lui seul renferme des pages noires de la révolution algérienne. Il est triste encore de constater que ce lieu est resté livré à lui-même. Les bâtisses et les vestiges de ce camp n’ont jamais été valorisés. à nos jours, il y a conflit pour sa propriété, entre l’UNJA et la famille Yacine. Ajouté à cela que Tigzirt, région martyre de la guerre de Libération, de la guerre contre les Turcs, les Romains, les Byzantins… ne dispose pas à nos jours d’un musée ni de structure pour sauvegarder les mémoires de ces tristes pages d’histoire.
Mourad Hammami
