La cueillette des asperge tire à sa fin, puisque la saison des fleurs va bientôt céder sa place. « Chez nous, le printemps ne dure pas », cette phrase est de l’immense écrivain algérien Mouloud Mameri. En effet, le fils du Djurdjura n’a guère tort, car Tafsut est une saison très courte en Afrique du Nord, contrairement à certains coins du globe où elle trône pour des mois. La cueillette des asperges représente énormément pour les habitants de la campagne. Dans la commune d’Akfadou, de nos jours, beaucoup de gens s’adonnent à cette pratique ancestrale. Même si dans nos régions, la culture de la plante potagère tarde à venir. Cependant la cueillir dans les bois est un autre plaisir à savourer et à partager. Cette année, l’hiver a été très dur au point où la tige verte a mis du temps pour pousser. En outre, même le climat printanier n’a pas toujours accaparé le ciel. D’ailleurs, la neige a même marqué sa présence la semaine passée. Une manière de bien classer le calendrier agraire kabyle. Les vieux racontent que « Aheggane » qui coïncide avec le mois d’avril, est une période où le froid est glacial. « Aheggan gi yerggagi ylef », la période où même le sanglier souffre du froid. Comme dans les régions montagneuses, les gens travaillent la terre et passent beaucoup de temps dans les champs. Profiter de la cueillette des asperges est inévitable surtout que « Iskimen » est une plante très délicieuse. D’un foyer à un autre, la préparation de la fameuse tige est différente. Certains la préfèrent dans les soupes et les ratatouilles. D’autres ne savourent l’asperge que croustillante avec des frites et autres denrées. En tous cas, c’est toujours un plat qui fait couler l’eau à la bouche. Au-delà de la cuisine, l’asperge est le carrefour d’une véritable dynamique. En effet, des gens de différents âges et sexes, consacrent leur temps libre à la cueillette. C’est aussi une occasion pour faire des balades dans les bois. Les petites parcelles de terrain qui sont dans les villages offrent les plaisirs printaniers. Cependant, les autres lieux, plus boisés, comme Ighil et Agni représentent le fief incontestable des « Iskimen ». Les travaux ruraux à l’instar de la cueillette des travaux des olives, sont des opportunités pour les femmes au foyer de respirer le dehors. Pour les travailleurs et autres fonctionnaires c’est une halte de repos loin de la routine et des désagréments de leurs métiers. Mais le comble est chez les enfants, puisque en plus des multiples jeux auxquels ils se livrent, la cueillette leur permet aussi de chercher les œufs des perdrix et autres oiseaux. D’ici quelques jours, la chaleur aura raison de la verdure éphémère. Cependant, les souvenirs indélébiles du printemps seront gravés dans la mémoire. Des souvenirs qui aident peut-être à faire face aux mauvais jours.
Mohand Chérif Zirem
