Le poids des pollutions

Ce patrimoine qui interpelle le citoyen et les pouvoirs publics pour une meilleure prise en charge et une protection environnementale, ne semble pas être une priorité à Bgayet. A moins d’attendre un expert étranger pour attirer notre attention ou nous sensibiliser sur la question. Une question qui n’a pas dépassé le stade du compte-rendu à l’occasion de conférences ou de mises en demeure insignifiantes devant les menaces et dangers qui pèsent sur la population et l’écosystème à travers les divers facteurs polluants. Par ailleurs, les informations qui circulent lorsqu’elles ne sont pas d’ordre purement circonstancielles, pour ne pas dire protocolaires, n’informent en rien le citoyen sur les mesures à prendre face aux pollueurs et encore moins sur les mesures prises à l’encontre de ces derniers. Sur le plan de la sensibilisation, il n’existe à Béjaïa aucune documentation ou support de sensibilisation à l’intention des citoyens sur la question de l’environnement. Depuis sa création en 1996, la direction de l’environnement ne dispose même pas d’un site Internet. Il est vrai que quelques cours, dont on ignore la qualité, sur l’environnement sont dispensés dans les établissements scolaires par cet organisme, mais ils s’apparentent plus à un privilège qu’à une action qui devrait être de grande envergure pour sensibiliser la population scolaire et l’ensemble des citoyens de la wilaya qui est affectée par la pollution. En effet, le rapport relatif de cette institution pour l’année 2004, cite que seules 20 écoles sur un total de 800 établissements scolaires de la wilaya de Béjaïa ont eu droit à cette « éducation environnementale ». Quant à l’état des lieux, les contradictions relevées d’une année à une autre, des chiffres et les changements miraculeux ne permettent aucune lecture objective. Pis, l’absence ou l’inexistence d’association ne permet pas d’apporter la contradiction à ce qui relève plus d’un monologue que d’une affaire qui concerne toute la population. Et à titre purement comparatif, le rapport est effarant sous tous les aspects. En effet, selon le document de cette structure, l’oued Soummam « réceptionne 35 000 m3 par jour » et on aurait « recensé 120 rejets » d’eaux usées. Or, il se trouve que c’est cette même institution qui rapportait en 2003, que « l’oued Soummam réceptionne 36 000 m3 et qu’il a été recensé 136 rejets d’eaus » usées. Dans le même sillage, ce récent rapport avance des chiffres le moins que l’on puisse dire, indéchiffrables, à savoir 434 huileries, dont 196 disposent de bassins de décantation sur les 259 huileries modernes. Et entre ce qui existe et ce qui a été réalisé, avant d’être noyé dans le moderne, on ne serait pas bien huilé, côté environnement. En 2003, il existait selon la direction de l’environnement 419 huileries, dont 117 seulement sont dotées de bassin de décantation. Or, la même année la direction de l’hydraulique présentait son rapport et signalait qu’il y a risque de dégradation de la qualité de l’eau du fait du rejet des margines depuis plus de 600 huileries dans la région. Devrait-on se fier ou se méfier ? En outre, quand on sait que 90% de nos laiteries, dont les rejets d’acide lactique sont incontestablement dangereux pour toute forme de vie, ne disposent pas de station d’épuration. Et quand on sait aussi que la plupart des usines ne sont pas dotées de cheminées avec filtre pour le traitement des rejets, et que sur 1 275 unités, seules 7 disposent de moyens de traitement des déchets, n’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter dans quel environnement nous évoluons ? Un environnement auquel il faudra ajouter la prolifération des décharges communales sur les dépendances des cours d’eaux et les rejets domestiques et industriels sans pré-traitement qui avoisinent rien que pour la ville de Béjaïa 80 tonnes par jour, ce qui équivaut à un volume de 161 m3, le danger est déjà là. A cela s’ajoutent les déchets hospitaliers qui ont atteint en 2003, 800 tonnes, dont seulement 61 tonnes sont incinérés. Faut-il aussi signaler que sur les 110 stations de lavage, seules 46 sont dotées d’un bassin de décantation ou bien l’amiante qui infeste une centaine d’établissements scolaires, un chiffre impossible à vérifier et qui serait plus important que ce qui est officiellement cité. Par ailleurs, la déforestation, les feux de forêt et le braconnage sont autant de danger pour l’environnement tout comme le pillage du sable. Et ce volet ne semble pas être un souci pour l’heure. Au vu de cela, les rapports de circonstance et les débats autour de l’environnement dans le cadre du calendrier officiel (fête de l’eau ou de l’arbre) ne sont pas des moyens mobilisateurs ou sensibilisateurs efficaces même qu’à la longue ils deviendraient plutôt des « sédatifs » qui feraient fuir les plus engagés en matière de lutte contre la pollution. Quant aux taxes sur les activités polluantes, les carburants ou l’incitation au destockage des déchets liés aux activités de soins des hôpitaux et cliniques, instituées par les différentes lois de Finances, seraient-elles efficaces dans la mesure où le secteur public c’est l’Etat qui paie, c’est-à-dire le contribuable et pour le secteur privé la formule serait toute simple : « Je paye donc je pollue ». Et là, on oublie le plus important, la lutte contre toutes les sources de pollution. Et cela commence par la mise en place d’une réelle politique environnementale et une approche plutôt pédagogique.

Yacine Boudraâ