Ces nouvelles entités ont investi plusieurs créneaux, à savoir : le bâtiment, les matériaux de construction, les carrières et les mines, l’agriculture, l’agroalimentaire et l’artisanat. Il est évident que cette catégorie d’entreprises, pour qu’elle puisse se déployer convenablement et créer le maximum d’empois, a besoin d’un environnement qui exclurait les blocages liés au crédit, aux assiettes foncières et à une trop forte pression fiscale. Ces écueils, rencontrés pratiquement sur l’ensemble du territoire national, ont toujours reçu comme réponse des promesses de la part des pouvoirs publics. Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres. Et pourtant, la fragilité de ces jeunes entreprises ou coopératives face à la concurrence régulière ou face au marché informel n’est plus à prouver. Et ce sont autant d’emplois qui rejoignent la sphère de la précarité. Vu la lenteur du rythme de création d’emplois sur le territoire de la wilaya de Bouira, les pouvoirs publics et, en particulier, les collectivités locales, devraient déployer tous leurs efforts pour sauvegarder et promouvoir les entreprises, ateliers et coopératives crées au cours de ces dernières années. Les estimations établies par la wilaya de Bouira en matière de performance de l’emploi sur l’ensemble des communes jusqu’à la fin de l’année 2004 révèlent une tendance inquiétante à la persistance du chômage et même à sa chronicité. En effet, au vu des chiffres relatifs aux activités économiques, le taux de chômage n’a pu être réduit depuis au moins cinq ans. Au 31 décembre 2001, la population active en chômage était évaluée à 32,13 %. A la fin 2004, ce taux est de 30,05 %, il reste, pour ainsi dire, inchangé. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la population totale de la wilaya est passée, au cours de la même période de 673 780 habitants à 708 519 habitants soit un accroissement de presque 35 000 habitants. Par rapport à la moyenne nationale, actuellement estimée entre 13 et 17 % selon les institutions chargées des statistiques de l’emploi, le taux de chômage dans la wilaya de Bouira paraît visiblement trop fort. Cela est principalement dû à une politique d’investissement fort timide. Le problème inquiète encore davantage lorsqu’on se met à étudier la structure du chômage par daïra et par commune. En effet, au-delà d’une moyenne de wilaya qui n’a de signification que pour les adeptes des agrégats économiques et les décideurs centraux, les chiffres absolus du chômage enregistrés dans les villages et les bourgades montrent une flagrante disparité de la distribution de l’emploi à travers le territoire de la wilaya qui fait que certaines zones atteignent les 60 à 70 % de taux de chômage. Le secteur qui emploie le plus de personnels est celui de l’administration avec 53 418 travailleurs. Vient ensuite le secteur des services (hors commerce et transport) avec 18 030 travailleurs. L’agriculture, principale vocation de la wilaya emploie quant à elle quelques 14 117 personnes. Le secteur industriel fonctionne avec 8 266 travailleurs, tandis que les travaux publics boostés par les activités liées à la réalisation de l’autoroute est-ouest en comptent 11 780. Le commerce et le transport totalisent un nombre de 15 434 travailleurs. A cette gamme de travailleurs officiellement déclarés, s’ajoute la frange de l’activité informelle qui prend de plus en plus d’ampleur dans une wilaya considérée comme une zone de transit entre la région de grand « négoce » des produis de la contrebande (Sétif, Tadjenent, El Eulma) et la capitale. Le nombre d’intervenants dans cette branche d’activité, du simple vendeur à la sauvette jusqu’aux gros « bonnets » en passant par les « caravanes » des intermédiaires, ne pourra jamais être connu avec exactitude. Le tassement des offres d’emploi est, pourtant, compensé quelque peu par les mécanismes et les relais sociaux mis en œuvre par les pouvoirs publics au cours de ces dernières années. Cependant, sur ce chapitre aussi, pèsent des aléas dont les principaux sont : le caractère temporaire de certains emplois (travaux d’utilité publique, filet social, pré-emploi… ) et la lourdeur administrative de certains dispositifs liés à la mobilisation des crédits bancaires (ANSEJ, ANGEM… ). Sur 513 projets dont les dossiers sont déposés en 2004 à la Caisse d’assurance chômage (CNAC), seuls 5 ont reçu leur autorisation de financement et 178 étaient à la phase d’étude à la fin de la même année. De même, pour la même période, les demandes de création de micro-entreprises par le moyen du dispositif de l’ANSEJ ont atteint le nombre de 5 372, alors que les dossiers qui ont réellement abouti sont au nombre de 1 167, leur financement est évalué à 1 748 463 000 dinars permettant la création de 3 018 postes d’emplois. Le dispositif du micro-crédit avait agréé, au 31 décembre 2004, 900 dossiers contre une demande matérialisée par le dépôt de 4 000 dossiers. Pour le dispositif pré-emploi piloté par la direction de l’emploi, le constat est toujours le même depuis la mise en place de la procédure de recrutement des cadres au profil des directions techniques et collectivités locales : le nombre de candidats est toujours supérieur au nombre de postes disponibles, la proportion allant parfois du simple au double. Il y a lieu de faire remarquer à ce niveau que des dizaines de cadres pré-emploi retrouvent leur situation initiale de chômeurs après les deux ans de contrat les liant à la direction de l’emploi. Il faut, enfin, rappeler que les véritables investissements industriels et agricoles capables d’absorber une grande partie du chômage sévissant dans la wilaya ne sont pas encore réalisés. Pourtant la wilaya regorge de potentialités naturelles : sa vocation agricole étant toujours de mise même si la technicité et les nouvelles méthodes de gestion font défaut : de même, la zone industrielle de Oued El Berdi, hormis quelques unités installées depuis des années, reste pratiquement vierge. Dans le secteur touristique, nous apprenons que les chantiers du projet de la station thermale de Hammam Ksenna viennent d’être relancés après une année d’arrêt des travaux. Cela ne peut que faire renaître l’espoir des habitants de cette région rongée par la pauvreté et le chômage après une décennie d’insécurité et d’exactions terroristes.
Amar Naït Messaoud
