De l’action sociale.. dites-vous ?

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Ce qui est vérifiable au niveau de toutes les collectivités locales, nous l’avons constaté pour notre part au niveau de la commune de M’chedallah où nous avons effectué une petite virée du côté de cette frange de défavorisés. Ainsi, et à l’instar des autres communes à l’échelle nationale, cette municipalité bénéficie de son quota d’esclaves (qu’on nous excuse le terme) du filet social. Des responsables du service de l’action social nous ont appris que 166 individus sont intégrés dans le dispositif de l’IAIG (Indemnité d’activité d’intérêt général) et se trouvent incorporés dans plusieurs circuits relevant de la compétence communale. Pour la modique somme de 3000 DA le mois, ces infortunés se trouvent engagés sur tous les fronts : gardiennage et entretien des écoles, service en cantines scolaires, activités culturelles et sportives, assistances sociales et même l’action éducative.En fait, ces petites gens sont de véritables soldats qui, pour le moins qu’on puisse dire, contribuent grandement à développer la qualité du service mais surtout accomplir des tâches honorables à l’exemple de celle de l’enseignement et l’assistance sociale. En effet, et comme il y a parmi ces infortunés, des gens instruits de surcroît la commune de l’ex-Maillot a pu les exploiter pour mettre en place deux classes d’alphabétisation : l’une à Raffour et l’autre au niveau du chef-lieu communal ainsi qu’une classe spéciale intégrée pour retardés mentaux. C’est dire en fait que les tâches accomplies par ces pauvres citoyens aux minables salaires relèvent de la plus haute considération.

Précarité quand tu nous tiens…Initialement, ce dispositif a été conçu pour venir en aide aux chômeurs, mais à première vue, qu’apporte-t-elle vraiment de plus à ces infortunés ? L’un de ces “fonctionnaires” hors pairs que nous avons interrogé à propos, nous dira d’emblée, “en fait, c’est une façon de nous occuper, sinon vous devez peut-être poser la question au premier fumeur que vous rencontrez pour qu’il vous disent ce que valent 3000 DA”. Un autre qui travaille dans une cantine scolaire et qui est père de famille de surcroît ne nous cachera pas sa gêne pour dire : “C’est tellement délicat. La justice n’existe pas dans ce pays, sinon comment expliquer que nous sommes astreints à travailler huit heures par jour, avec des semaines réglementaires sans qu’on perçoive le minimum qui puisse nous permettre de survivre dignement”. C’est pathétique, la précarité semble coller aux peaux de ces malheureux qui se voient tout simplement accorder un statut de sous-citoyens. Sinon, comment expliquer une telle situation ? Avec des contrats de six mois, ces exploités de l’Etat sont tout simplement privés des droits les plus élémentaires des travailleurs dignes de ce nom. Leur situation sociale laisse à désirer et les autorités en charge de leurs dossiers ne peuvent rien leur faire de plus, car considérés, suivant le jargon légal, comme étant des participants.Dans le même ordre d’idée, un ancien administrateur que nous avons rencontré et interrogé à propos, ne mâche pas ces mois pour dire que “les responsables de ce pays tentent de cacher le soleil à l’aide d’un tamis, mais une chose est sûre c’est que la raison et la logique humaine ne peuvent plus appeler ça de la solidarité”, il ajoute : “Puisqu’il y a du travail, pourquoi pas créer des postes d’emploi ? Si on répond que l’Etat n’est pas en mesure de payer, il faut dire que dans ce cas, ce sont ces chômeurs qui aident l’Etat et pas le contraire”. C’est là une conclusion qui résume à elle seule la logique de nos responsables. D’ailleurs, il demeure établi que ces exploités sont considérés comme étant des employés à part entière, sauf qu’aucun droit ne leur est donné. En outre, étant des employés temporaires et révocables, ils ne bénéficient ni des œuvres sociales ni encore de congé, à l’instar de tous les autres. C’est en réalité une façon ingénieuse de consacrer officiellement la précarité.

AFS ou assurance de faim et de sobriétéC’est en fait, une réalité cinglante que celle des bénéficiaires de l’ASF (Allocation forfaitaire de solidarité) destinée principalement aux sans-revenu. Dans la plupart des cas, des handicapés, toutes catégories confondus, des malades chroniques et mères de familles veuves et/ou divorcées ayant des enfants à charge.A M’chedallah, le nombre de bénéficiaires est de 367, mais il demeure important de souligner que les responsables locaux estiment ce nombre très loin de satisfaire la demande en la matière. Ceux qui sont dans l’état de revendiquer cette allocation sont beaucoup plus nombreux, mais vu que les quotas de chaque collectivité sont établis au préalable, beaucoup parmi ces démunies en sont privés. Cependant, si on parle de quota et/ou du nombre de bénéficiaires, il demeure aussi loisible de s’interroger sur l’essence même de cette allocation de fortune. Il se trouve que la somme initiale est de 1000 DA par mois, majorée de 120 DA dans le cas où le concerné à trois personnes à charge. Une pension qui ne couvre rien en fait quant on saura la valeur de cette somme dans notre pays. Certains bénéficiaires de cette formule ne nous ont pas caché leur grogne, car ils se disent, tout bonnement lésés. Certains parmi eux sont arrivés même à dire que “le fait d’avoir cette carte d’invalide et de bénéficier de l’AFS est synonyme de privation car, arguent-ils avec cette carte nous n’avons pas le droit d’être admis dans le cadre du filet social”. Une façon peut-être de dire qu’un invalide doit se limiter à ces 1000 DA de fortune pour couvrir ses frais. Aux responsables de ce secteur de méditer. D’ailleurs, c’est ce qui fait réagir un fonctionnaire en charge de ce dossier au niveau de la commune de M’chedallah qui nous dira que “suite à l’augmentation des salaires, des retraites et des pensions d’invalidité, il est vivement souhaité que les IAIG et AFS soient relevées à leur tour”, un souhait que nous partageons au même titre que les pauvres malheureux acculés à cette modique allocation.

En conclusionVu la situation précaire de ces pauvres citoyens, les responsables à tous les niveaux de la pyramide doivent prendre au sérieux les mesures à prendre pour répondre à un besoin pressant de sauver des vies humaines d’une pauvreté sans précédent. Faut-il rappeler une autre fois de plus que l’Algérie est l’un des premiers pays au monde ayant ratifié la quasi-totalité des conventions internationales relatives aux droits de la personne humaine, pour dire enfin qu’il est encore temps de penser à ces catégories livrées à la paupérisation. A voir ces minables sommes allouées à ces pauvres et sachant que dans la majeure partie, elles demeurent la seule rente de ces citoyens, nous ne poserons plus la question du moins ou de plus d’un dollar pas jour connue comme norme d’évaluation à l’échelle internationale. Chez nous, on a affaire à des gens qui vivent à moins d’un dollar par mois, si on prend les 1000 DA des AFS comme unité de mesure.

Lyazid Khaber

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