Le Kabyle féru de rythme

Qui n’a pas fredonné au moins une fois dans sa vie les chansons « Uya khali ya khali » et « Yazin el aâli » de Ali Kherraz, enregistrées à la radio à Paris dans les années 60 et dont la musique a été composée par le prestigieux nissoum. Ali Kherraz est né le 28 septembre 1937 dans la région de Bougie. Très tôt, il commença à s’intéresser à la musique orientale, particulièrement égyptienne avec les chansons de Mohamed Abdelouahab. A l’âge de quinze ans, il déserta les bancs de l’école pour aller rejoindre les scouts (SMA). C’est là qu’il commença à composer ses chansons kabyles avec la collaboration de son ami intime Aït Athmane. Ainsi, tous les deux, ils optèrent pour la musique égyptienne et c’est à partir de ce moment qu’Ali Kherraz connaîtra beaucoup de succès. Il participera à une multitude de soirées où sa personnalité fut mise à rude épreuve par le public bédjaoui du théâtre municipal de la ville qui exigera de lui un artiste plus illustre que lui, Mohamed Abdelouaheb. Par sa ténacité, sa voix et son talent, Kherraz a pu faire ainsi sa première véritable percée dans le monde de la chanson. En 1952, il a chanté en compagnie de El Hadj M’hamed El Anka et de Amraoui Missoum à l’occasion de l’accession de la JSMB en division Honneur, toujours au théâtre municipal de Béjaïa. En 1954, Ali quitta les scouts et partit à Alger. Il fera connaissance avec Nourredine Ameziane dit cheikh Nourredine, Belhanafi… et ce, jusqu’en 1959 où il prit la décision cette fois d’émigrer en Hexagone afin de rencontrer le grand Amraoui Missoum. Celui-ci aidera à se produire sur les ondes de Radio-France où on animera plusieurs émissions en interprétant des chansons kabyles toujours avec de la musique égyptienne. En 1962, avec le mouvement du renouveau qu’Ali Kherraz préparait déjà au cours des années 50, l’école moderne domine la chanson égyptienne et confère à celle-ci une dimension au niveau arabe et maghrébin. Les emprunts de la musique kabyle se manifestent par l’introduction de nouveaux instruments de musique et par un bouleversement de l’orchestration. L’on voit beaucoup de violoncelles, de guitares et de mandolines dans les orchestres où le luth, le kanoun (cithare orientale) et la naï (flûte orientale) ne tiennent plus le haut du pavé. C’est l’entrée en force de l’harmonie musicale et même vestimentaire. En 1963, Ali Kherraz s’est lassé du genre égyptien et retournera à la source. Il interprétera le folklore kabyle en enregistrant deux chansons : « Ya khali ya khali » et « Ya zin el aâli », mises en musique par Missoum. En 1964, il entamera beaucoup de tournées en France en compagnie d’autres chanteurs tels que Allaoua Zerrouki, un chanteur de charme, Salah Saâdaoui, Akli Yahiaten et Dahmane El Harrachi. C’est à partir de ces tournées que Kherraz, à lui seul, ne suffit pas et doit être accompagné de solides expériences et études musicales et ce, par un travail de titan. Le secret du succès des géants de la chanson qu’il a côtoyés et d’autres encore ne réside pas ailleurs. Grâce à ses qualités, Ali Kherraz faisait ou arrivait à faire oublier sa lacune principale, son incapacité à chanter le style arabe et à improviser sur scène. En 1968, il rentre en Algérie et s’installera à Alger où il organisa des galas et des soirées. Une année plus tard, en 1969, il revient définitivement à Bgayet. Depuis cette date, Ali Kherraz tira sa révérence et décida de raccrocher. Il a à son actif plus d’une cinquantaine de chansons. La Radio chaîne II, notamment l’animatrice de l’émission intitulée « Souvenirs », où beaucoup d’anciens chanteurs étaient déjà passés, ne cesse de l’appeler à l’invitation pour le faire découvrir à la nouvelle génération. Espérons qu’il en fera écho de l’appel.

S. Seddik Khodja