Hégémonie du livre pratique

Parler de librairie au sens classique du terme serait, sans doute, forcer un peu la nature sous le cief aride de Bouira. Même la «Librairie de la Place», héritée du réseau ENAL (ex-SNED), s’est alignée sur la nouvelle mode de boutiques fourre-tout où l’on trouve à peu près tout ce qui se rapporte à la papeterie (articles et fournitures scolaires, gadgets, calendriers,…). En matière de livres, les rayonnages sont remplis de toutes sortes d’ouvrages où, cependant, la littérature, l’histoire et la philosophie sont le parent pauvre de l’édition. C’est ce qui est appelé communément le «livre pratique» ou «livre utile» qui prédomine. Y sont alignés, pèle-mêle, les thèmes relatifs à la cuisine, l’informatique, le code de la route, le code pénal, le prosélytisme religieux et la comptabilité. L’autre domaine qui s’impose dans les librairies est bien sûr le parascolaire. Chaque auteur y va de sa méthode pour compléter le manuel scolaire ou pour pallier certaines de ses insuffisances. Bien que les prix n’arrangent pas toujours les petites bourses, l’engouement pour le livre parascolaire est toujours de rigueur particulièrement chez les parents plus ou moins instruits qui tiennent à renforcer la scolarité de leur enfants par un complément de cours et d’exercices à la maison. Même si la présence du livre littéraire est fort modeste, les titres proposés ces derniers mois dans les librairies de la ville sont quand même alléchants. Les classiques européens (Balzac, Shakespeare, Guy de Maupassant,…) côtoient Yasmina Khadra, Mohamed Dib et M. Féraoun. Les éditions «Talantikit» de Béjaïa ont pris l’heureuse initiative de mettre à la portée du lecteur moyen le fleuron de la littérature algérienne de langue française et quelques titres du patrimoine universel. «C’est véritablement inquiétant ! Les gens ont abandonné la lecture. J’ai constaté que même le roman policier, qui était un simple passe-temps, mais instructif, pour notre génération, n’est plus prisé», nous avoue un gérant de librairie du centre-ville. «Même ceux qui ne lisent qu’en arabe, je ne les vois pas acheter, par exemple, Taha Hussein, Gibrane ou Naguib Mahfoud. Ils n’ont d’yeux que pour le livre religieux ou le CD et cassettes se rapportant au même sujet», ajoute-t-il. Le livre pratique professionnel (informatique, métiers manuels, textes de vulgarisation du droit, …) est caractérisé par son prix pohibitif. Un manuel de menuiserie coûte de 800 à 900 DA ; un livre portant sur les lois régissant la fonction publique est proposé à 500 DA. Quant aux encyclopédies et autres ouvrages de référence, il est clair qu’ils ne peuvent être acquis que dans un cadre associatif ou par une bibliothèque au vu des prix qui sont affichés.

Amar Naït Messaoud