Une journée pas comme les autres

La ville a du mal à se réveiller. A neuf heures, le mouvement des véhicules commence à prendre de l’ampleur. Tout le monde semble attendre que quelque chose se produise. Les commerçants s’affairent à exhiber les victuailles en mettant bien en évidence les produits auxquels les jeûneurs ne résisteront pas. Par expérience, ils connaissent « le point faible » de leur clientèle. Les meilleurs fruits ou les belles brioches vous chatouillent les narines dès le matin et vous font rêver de l’ »adhan ». Ce n’est que vers dix heures que Michelet commence à vivre. On assiste alors à un va-et-vient incessant qui durera jusqu’à la rupture du jeûne. Les fourgons déversent leurs cargaisons humaines par dizaines et repartent vides. Telles des abeilles qui butinent de fleur en fleur, les pères de famille se déplacent d’un coin à un autre. Hésitants parfois devant les prix affichés, ils font un tour puis reviennent décidés. Après tout, c’est le premier jour, on peut se permettre des folies et se faire plaisir. A midi, la circulation automobile est si dense que l’on avance difficilement. Sur les trottoirs, déjà étroits, la situation n’est guère plus enviable. Avec la fin du travail, vers quinze heures, les attroupements devant les étals des commerçants, se faisant de plus en plus compacts, obligent les passants à emprunter l’asphalte. La ville n’arrive plus à contenir autant de gens qui se bousculent. Ce n’est qu’à l’approche de la rupture du jeûne que l’on respire. A pied ou en voiture, les gens, des sachets à la main, prennent le chemin inverse et abandonnent la ville. Vers 20 heures, le ballet recommence. Cette fois, la destination est toute autre. On prend les cafés d’assaut. Chacun reprend ses habitudes de Ramadhan. Les adeptes de poker ou d’autres jeux de hasard, savent où se rendre. Ils ont déjà prévu leurs coéquipiers et adversaires, les mêmes jusqu’au s’hour et ainsi tous les jours, jusqu’au dernier jour de carême.

Nacer B.