Les combats identitaires et citoyens menés par la Kabylie, ont permis à l’Algérie toute entière de se dégripper et de cadrer dans un mouvement d’apprentissage, avec la démocratie et les valeurs de progrès. C’est en ce sens que les printemps de Kabylie ont marqué la mémoire collective, qui retient en répertoriant tous ses enfants morts en martyr de la démocratie. Les archs ont, pour l’occasion de ce double anniversaire, érigé deux stèles à grande portée symbolique en plein centre de Tizi Ouzou.
C’est la ruée à la permanence des archsL’ensemble des délégués du Mouvement citoyen, appuyés de beaucoup de citoyens, a envahi la permanence des archs très tôt dans la matinée d’hier, où tous les préparatifs pour la circonstance ont été mis au point. Une sonorisation, qui retentissait de très loin, faisait entonner des chants de Matoub Lounès, plongeant les esprits en plein cœur de la révolte de 2001. Sur l’enceinte de la permanence, des banderoles sont suspendues, et portant les slogans du Mouvement citoyen. A mesure que le temps passe, des centaines de jeunes, de personnes de tous âges, ainsi que de femmes, atterrissaient au niveau de la permanence des archs. L’ambiance était à la hauteur de l’événement, puisque tous les présents sur les lieux ont eu droit à revoir le film des évènements du Printemps noir, grâce à une riche exposition organisée sur place, où photos et coupures de presse ravivaient la flamme des personnes et prouvaient une fougue, à toujours s’y inscrire dans le combat en militants déterminés. Des chants en chœur venaient de tous ces fidèles à la révolte du Printemps noir, en se permettant des commentaires tous azimuts, allant de simples boutades au discours politiques pour éclairer certains points de la démarche en cours. La foule s’entassait davantage, qui brassard noir sur le bras, d’autres banderoles brandies, pendant que d’autres s’échangeaient, sur la base d’expérience propre dans le mouvement, des informations colportées par des cercles sur les délégués, avérées totalement éronées par la suite, et s’affichent au grand jour comme de l’intox et de la manipulation. 10h 30, c’est la pléiade d’artistes au nombre de 50, cantonnées à l’hôtel Lalla Khedidja, qui signe son arrivée à la capitale des archs. Ceux-là captent les regards de tous les présents, et se rassurent que le combat se porte bien et la démarche en cours est très porteuse pour la région. La réponse des artistes à l’appel des archs pour animer le gala au stade Oukil Ramdane, est vue comme caution encourageante et que leur présence donnera du tonus à approfondir et à consolider les rangs pour plus d’acquis. Il faut signaler, ceux qui se sont mis aussi de la partie, tels Abdenour Abdesslam, Ould Ali El Hadi, M. Idir et Malika Ahmed Zaïd, ainsi que des personnalités politiques qui ont renforcé les rangs pour les besoins de la cause du jour. L’érection de deux stèles en mémoire de Matoub Lounès et des martyrs du Printemps noir.
Les signes d’une victoire annoncéeVers 11 h, toute la marée humaine amassée au point de chute des archs prend la direction ouest du centre-ville pour se diriger vers la gare routière à proximité du commissariat central de la ville de Tizi Ouzou. Au niveau de ce rond-point, une stèle travaillée en plexiglas aux couleurs rouge et blanc est érigée à la mémoire de feu Matoub Lounès. Désormais, le site en question, sera appelée comme mentionné sur la stèle où figure l’effigie de l’artiste, place Lounès Matoub. Depuis 1998, année de son assassinat, aucun édifice, ruelle, ou place publique ne porte son nom, alors que cela s’est déjà fait outre-mer (France, Allemagne, Canada) en guise d’hommage et de reconnaissance à ce symbole de la résistance et au farouche défenseur des droits de l’homme et de la liberté. Une déferlante humaine bat le pavé du centre-ville, circulation automobile déviée, en scandant des slogans qui ont accompagné la révolte de 2001. Toutes ces personnes se sont mises derrière une voiture tirant la calèche où fut installé une sonorisation ambulante, entonnant les chants de Matoub Lounès, entrecoupée par des interventions d’appel à la mobilisation avec rappel des acquis du mouvement, qui ne cesse de réaliser des prouesses via le dialogue en cours avec la chef du gouvernement. Arrivés sur les lieux, une minute de silence sous l’hymne matoubien a été observée en sa mémoire, et en présence de quelques membres de sa famille. La stèle couverte d’un drap noir a été dévoilée par un geste de la main de Balaïd Abrika en compagnie d’autres délégués et du père de Massinissa Guermah, et d’autres parents de martyrs, sous les regards des présents, des journalistes et des caméras de télévision. C’est sous un tonnerre d’acclamation que la stèle dévoilée, s’impose dans ce lieu stratégique de la ville, qui ne peut échapper aux regards des passants en voiture ou à pied. Chemin rebroussé, empruntant le même itinéraire pour atteindre les bâtiments Bleu à proximité de l’ex-commissariat de gendarmerie. Cet endroit est mémorisé comme champ de bataille, la période, 2000 à 2003, a connu en cet endroit de violents affrontements entre les jeunes émeutiers et les forces de répression. Nonobstant l’absence de martyr à la ville de Tizi Ouzou, le rond-point des bâtiments Bleu, est baptisé depuis hier, place des Martyrs du Printemps noir. Presque le même scénario que pour la stèle de Matoub Lounès, devant la foule compacte, Belaïd Abrika dévoile la stèle enveloppée dans un tissu noir. La stèle en question, porte toutes les photos des victimes avec la mention place des Martyrs. La symbolique couleur réservée à cette stèle, noir et blanc, livre un message de ce qu’a enduré la région durant les évènements, pour enfin aspirer à sortir du tunnel, ce qui vraisemblablement est en cours, dès lors que les opérations du jour ainsi que l’évènement de la semaine, la visite du chef du gouvernement, est un signe révélateur que la hache de guerre est enterrée, même si cela dérange certains prédateurs politiques, habitués à s’alimenter du chaos de la région. Le décor sur les lieux est chargé de beaucoup d’émotion, cela se lisait sur les visages de tous les présents qu’à la fin de la baptisation, se sont dirigés dans le calme et la sérénité vers le stade Oukil Ramdane où un gala non-stop avec un panel d’artistes, se tiendra toujours dans le cadre de la double commémoration des deux printemps.
Khaled Zahem
