l La Kabylie n’en finit décidément pas de subir le grenouillage islamiste, jusque dans ses traditions les plus ancestrales. Ainsi, au douar Tagouba dans la commune de Tichy, et cela depuis des temps immémoriaux, une douzaine de villages se rassemblait, en ce lieu saint dit « Sidi Abderrahmane », pour y célébrer le rite annuel, précédent la récolte des olives. Le rite consistait au sacrifice de bœufs, au profit, notamment des nécessiteux qui recevaient leurs parts à titre gracieux. Une commission composée de notables et/ou représentants des villages participants, se chargeait de l’organisation de la cérémonie quant à ses aspects techniques et logistiques, pour l’opération de l’achat des bœufs auprès des maquignons, et la collecte de la somme nécessaire à cette acquisition auprès des villageois.
Or, des habitants de la commune de Tichy, se plaignent du fait que cette année, la célébration du rite qui a coïncidé avec la date du premier Novembre, a enregistré la défection d’un nombre important de personnes. A l’origine de ce manquement à l’observance d’une coutume ancestrale. La « fetwa » d’un imam local, lancée il y a quelque deux à trois années, qualifiant le rite de pratique païenne (chirk), après que cet illuminé eut fait partie de la commission d’organisation durant 17 ans !
Conséquences de cette « révélation » : des ralliements de « fidèles » à la sentence du cheikh d’où l’impossibilité, durant deux années, 2003 et 2004, d’effectuer l’achat de bœufs, faute de cohésion et donc… De fête « tateyaft ».
Soucieux de préserver la coutume, de nouveaux représentants de villages ont proposé en 2005 de prendre la relève, ce qui n’a pas été du goût des anciens représentants qui ont manifesté leurs contrariétés, accentuant la division puisque certains villages leur étaient acquis.
Face à cette situation, les villageois du douar ont décidé cette année de célébrer la coutume, dans leurs villages respectifs, au détriment de la symbolique, signifiant communion, convivialité et rassemblement.
Fort heureusement, la solidité des rites ancestraux peut être malmenée, certes, mais difficilement ébranlée. Ainsi, le 1er Novembre dernier, beaucoup de personnes ont tenu à célébrer cette coutume à « l’ancienne », sacrifiant 4 bœufs dont 370 parts ont été distribuées aux nécessiteux. Par ailleurs, à l’initiative des citoyens un appel a été lancé aux anciens et nouveaux représentants en vue d’une conciliation qui renouerait avec la symbolique de « tateyaft » et en faire une réussite l’année prochaine.
A signaler, que l’imam actuel, successeur de « l’illuminé » et qui officie dans la mosquée de Tagouba est, lui fervent partisan de l’observance de ce rite.
Hakim O.
