Les sinistrés abandonnés à leur sort

Le silence total observé par l’Etat autour de cette catastrophe va à contre-sens du discours officiel concernant la relance de l’agriculture de montagne ainsi que le tapage médiatique vantant les divers programmes de développement agricole, FNDRA et PPDR entre autres. Notre constat se base sur le peu d’intérêt accordé à l’après-catastrophe : aucune manifestation de la part de l’Etat auprès de ces éleveurs ruinés, ni un bilan quelconque arrêté.

Quelque part, il y a sans conteste une volonté a vouloir minimiser les dégâts et se libérer de l’obligation de venir en aide aux petits éleveurs qui du jour au lendemain ont changé de statut et se sont vus rejoindre les rangs de la classe défavorisée : leurs petits troupeaux décimés, ils se retrouvent sans aucune ressource. Il leur reste l’espoir de voir arriver une quelconque aide de l’Etat qui peut puiser dans l’importante manne financière engrangée et tirée à partir des « ressources nationales communes ». Cet espoir diminue au fur et à mesure que le temps passe et que l’Etat persiste à les ignorer et à en faire des « laissés-pour-compte ». Ce mépris affiché à l’encontre de ces agriculteurs porterait un coup fatal à l’élevage de montagne et personne n’oserait plus se lancer dans ce créneau à risques et qui revêt les caractéristiques d’un tirage au sort, surtout après l’apparition de ces épidémies inconnues jusque-là et aggravées par l’inexistence ou l’inefficacité d’un système de protection du cheptel. La région de M’chedallah étant à vocation agropastorale, c’est l’aggravation de la précarité sociale qui guette la majeure partie de la population, avec le recul de l’investissement dans l’élevage surtout.

Mal gérée, sa mauvaise prise en charge pendant et après son apparition n’est pas rassurante du tout, et les éleveurs qu’on a laissés se débattre seuls dans cette épidémie, et avec des moyens dérisoires, ne sont pas près de reprendre l’expérience de l’élevage. « Plutôt vendre des cigarettes », répliqua un sinistré questionné à ce sujet. D’autres s’empressent de liquider les bêtes échappées à la mort à moitié prix. Le manque d’intérêt affiché à l’égard de ces pauvres paysans ne passe pas inaperçu et porte un coup sérieux à la crédibilité de l’Etat dans la région.

Omar Soualah