A l’entrée du domicile du défunt, le drapeau national de différentes formes, a été suspendu. On croirait que le village célébrait une fête nationale. Parmi les présents, en plus des centaines de citoyens anonymes, des gens du village Tarihant, l’on compte une forte présence de responsables de l’ONM, d’enfants de chouhada et de plusieurs autres moudjahidine.
Si Saïd a adhéré à la Révolution au début de 1955 en tant que membre chargé de l’organisation, du ravitaillement et des renseignements. Le nom de “Moussebel” a éé attribué, à l’époque à un civil qui active pour la Révolution. Passée cette phase, qu’il fallait vivre avant de devenir un actif direct dans la Révolution armée, le moudjahid a rejoint le front à la fin 1956 à Mizrana qui était la région III de la zone 3 de la wilaya 3 historique. Il faisait partie de la compagnie de Mizrana, commandée à l’époque par Idir SmaÏl, dit Smaïl Ouguenoun. Les glorieux moments de lutte, le défunt les a vécus en tant qu’élément du groupe d’élite des célèbres maquis de Mizrana. On les appelait les commandos ou le groupe de choc. Grâce à des hommes de sa trempe, Mizrana et toute la région III était un territoire sous contrôle de l’ALN, et aussi un lieu dangereux et une bête noire pour les forces d’occupation françaises. “Il était un grand volontaire, un très bon connaisseur du terrain. On lui fait appel, il répond à chaque fois avec beaucoup de volonté. Il était l’un des hommes des missions et opérations spéciales et délicates”, nous a témoigné sur lui Idir Smaïl, dit Smaïl Ouguenoun, présent à Tarihant.
Parmi les opérations dont se souvient ce moudjahid et auxquelles il a participé, il nous raconte l’opération où a été tué un appelé faisant partie de la caserne de Tizi N’Bouali (Mizrana) et qui n’est autre que le fils du général Ford.
Il nous cite aussi sa mission délicate, avec des appelés du poste Icheraiouen (Makouda), où des contacts ont été entrepris avec ces derniers. Dans cette opération, beaucoup d’armes, d’informations et d’équipements ont été transférés vers les maquis de Mizrana. La levée du corps a été opérée après la prière du vendredi. Le moudjahid a quitté son domicile sous des youyous et des salves qui ont déchiré le ciel. Il a été porté vers le cimetière qui se situe à quelques dizaines de mètres de là, par un groupe d’amis de combat. La mise sous terre du défunt s’est faite aussi sous une pluie de tirs de coups de feu à l’honneur du combattant. L’oraison funèbre a été dite par Aimeur M’hand dit M’hand Akouren, représentant de l’ONM. Il a rappelé que Tarihant est un village martyr qui compte 84 chouhada, pour une population d’un millier d’habitants à l’époque. Dans ce village, l’on compte aussi 14 “Novembristes” (des combattants ayant participé au déclenchement du 1er Novembre 1954). Certains d’entre eux ont même participé à des opérations enclenchées le 1er Novembre 1954, à Blida. D’autres ont participé à la guerre d’Indochine avant de rejoindre la Révolution. A titre d’exemple, Fahem Mohamed dit Moh l’Indochine dont l’école du village porte le nom.
M’hand Akouren et d’autres moudjahidine ont exhorté les jeunes à reprendre le flambeau, dépasser les divergences politiques et les accepter, mais rester fidèles aux combats des moudjahidine, à l’unité du peuple et de la nation. “Nous devons fidélité et respect à nos martyrs”, déclare le moudjahid Si Lekhel.
Il raconte les derniers jours du défunt. Au village, des jeunes, par inconscience et ignorance, ont tenté de le contrarier et le brocarder. “Oh ! gens de Tarihant, j’appelle à votre conscience. Sachez qu’aujourd’hui, vous venez d’enterrer un pan de l’histoire de la Révolution”, lance ce moudjahid à l’endroit de la foule avec beaucoup d’émotion. Et un autre moudjahid de conclure : “Nous avons construit la maison Algérie avec beaucoup de douleur et de sacrifice. Elle est grande et belle. Il ne vous reste qu’à la meubler et y vivre pleinement”.
Mourad Hammami
