Mais au-delà de cette carte postale, c’est des âmes en peine qui s’affèrent à surseoir à leur quotidien, fait de dure besogne et d’atermoiement affichés par des autorités qui ne daignent guère répondre à leurs doléances.
La culture maraîchère, ils connaissent, hommes et femmes travaillent sans aucune distinction, faisant sortir avec amour de cette généreuse terre, blettes, poivrons, oignon, persil et autres légumes savoureux et frais. Les arbres fruitiers n’ont plus aucun secret pour eux, puisque du pommier au poirier, en passant par l’abricotier, le citronnier tous les arbres y sont. Ce qu’ils savent faire de leurs mains ingénieuses, ils ne le doivent à personne, du moment que c’est transmis de père en fils ! Mais en leur qualité d’humbles citoyens, électeurs à part entière, n’ont-ils pas droit à un peu plus d’égard et de considération ?
Situé à quelques encablures du chef-lieu de la commune de Seddouk, le village Akhenaf est en passe de devenir le havre des laissés-pour-compte. Figurant parmi la trentaine de villages rattachés à cette commune, cette bourgade vit un dénuement total, elle ne bénéficie d’aucune considération de la part des autorités, qui se sont succédé à la tête de cette municipalité. Rencontrés à l’entrée du village, les membres de l’association sociale Tiguerniouine, ont accepté de dévoiler une partie de leurs préoccupations pour prendre à témoin l’opinion publique et médiatiser leur triste sort. C’est ainsi que M. Kasdi, en sa qualité de président chapeautant cette structure, n’a pas mâché ses mots en évoquant la triste situation de son village et la sourde oreille que font les autorités. Les propos lourds de sens tenus ce jour-là et portés sur une déclaration largement diffusée ne laissent personne de marbre. En effet, selon les termes de notre interlocuteur “le village ne figure dans aucun plan de développement communal au moment où les souffre-douleurs ne manquent point. Situé en amont de la prestigieuse rivière de la Soummam à proximité des forages, le village n’est approvisionné en eau potable que rarement, d’ailleurs cette denrée précieuse est inexistante dans l’enceinte de l’école. Les habitants ne demandent qu’un raccordement à la source principale sans détours ni tergiversations”.
Situés à une centaine de mètres du CW 141 auquel ils sont reliés par un chemin communal en piteux état, les quartiers composant cette bourgade s’apparentent à des bourbiers en hiver et des poudreuses en été, tant la terre qui les couvre ne cesse de se métamorphoser.
Constaté de visu, un semblant de centre de soins est implanté au milieu du village mais les services qu’il offre sont insignifiants, à en juger par la présence du médecin, quand bon lui semble, un infirmier qui vient uniquement quelques après-midi loin d’être fixées. C’est dire qu’à Akhenak comme l’a dit un citoyen désemparé “on est privé même du droit de tomber malade !”
Ce que nul ne peut ignorer, c’est que l’entrée de cette agglomération rurale est annoncée par une décharge sauvage située en contrebas de la route, sa présence ne dénote pas l’incivisme des citoyens mais bien le retard mis dans la collecte des ordures ménagères par les services de la voirie.
A proximité d’un terrain vague, transformé par les jeunes en mal de loisirs en terrain de foot, on peut voir une mare d’eaux usées dégoulinant d’un rejet à ciel ouvert, d’où se dégage des odeurs nauséabondes au dessus de laquelle tournoient des nuées d’insectes vecteurs de maladies. M. Kasdi a évoqué “la demande faite pour éloigner ce rejet par un prolongement des canalisations mais c’était sans compter avec le laxisme affiché par les autorités locales”. L’autre calvaire des citoyens demeure l’inexistence d’un quelconque éclairage public et du transport sclolaire au moment où des bambins affrètent les transports et bus de passage pour se rendre au CEM ou au lycée de Seddouk. Se sentant lésés, les citoyens de ce village se sont organisés derrière leur association et ont tenté à plusieurs reprises d’alerter les autorités sur leur vécu misérable. Mais comme un malheur ne vient jamais seul, c’est une station d’enrobage qu’on vient leur imposer au milieu des terres agricoles situées en aval du pont Mlakou à quelques mètres d’un millier d’arbres et à proximité du village. S’étant présentés pour dénoncer cette catastrophe programmée, les membres de l’association ont essuyé un chapelet d’injures de la part des autorités locales, à leur tête l’adjoint du maire (nommément cité dans la déclaration) qui les a invité à “rentrer chez eux” prétextant le fait qu’ils ne sont pas des autochtones. Ces propos gravissimes ont failli mettre le feu aux poudres mais le sang-froid et le sens du savoir-vivre a primé chez ces humbles gens qui ne demandent que leurs droits de citoyens à part entière.
A. M. Arezki
