Novembre finit sans une goutte de pluie et décembre s’annonce également sec. D aghurar, disent les montagnards – en scrutant le ciel, à la recherche des nuages, c’est la sécheresse ! Si dans les villes on redoute de se voir rationner le précieux liquide, dans les villages où les robinets sont la plupart du temps à sec, été comme hiver, on est habitué à l’économie. Même si l’eau est abondante, les années d’averses et de neige, on a appris à l’économiser l’eau: c’est qu’il faut aller la chercher dans les fontaines et les ruisseaux, la transporter par cruches ou jerricans, sur son dos…
Les femmes kabyles connaissent depuis toujours les souffrances de la corvée de l’eau, et, en période estivale, elle doivent faire plusieurs kilomètres chaque jour pour s’approvisionner. Même quand on possède des puits, l’eau n’est pas toujours à portée de main : il faut peiner pour la tirer ! Dès que l’eau vient à manquer, les villages qui possèdent des fontaines instaurent spontanément des restrictions : c’est la tiremt ou tour de l’eau. Selon la disponibilité des ressources, chaque famille a droit à un, deux ou trois jerricans par jours. Même les non-résidants, vacanciers et émigrés, reçoivent leur part. A chacun sa quote-part, amur-is comme on dit, à chacun d’utiliser comme il l’entend son eau : pour boire, cuisiner, faire le ménage, se laver, arroser son jardin… L’essentiel, c’est que chacun soit servi, que les ressources disponibles soient distribuées de façon équitable. Personne ne pense à prendre plus que les autres !
S. Aït Larba
