Comme l’habit ne fait pas le moine, le budget non plus ne fait pas l’école. Les Algériens sont les mieux placés pour le savoir, eux qui, depuis l’Indépendance ont mis tous leurs espoirs dans cette noble institution pour améliorer leur statut social hérité de la colonisation. Des sommes faramineuses ont été englouties par la construction d’écoles primaires, collèges et lycées, réalisations qui, parfois, sont positionnées dans les coins les plus reculés du territoire. D’ailleurs, le récent phénomène d’exode rural causé par l’insécurité dans l’arrière-pays montagneux et certaines zones des Hauts-Plateaux a fait sortir certaines écoles très retirées de leur anonymat du fait que les autorités de wilaya ont décidé de les fermer en raison de la faiblesse des effectifs. L’école algérienne du début des années 60 a hérité de la pédagogie et de la rigueur de l’école française. Les résultats sont palpables, même s’ils sont escamotés par l’économie rentière qui s’installera dans le pays à partir des années 70. Les résultats, ce sont tous ces cadres qui ont pris le relais des entreprises pétrolières françaises dans le Sud algérien ; ce sont tous ces médecins qui, par des actions de volontariat, ont mené une lutte implacable contre la tuberculose ; ce sont aussi ces hauts cadres de l’administration qui ont, dans un climat d’adversité, relevé le défi du départ des personnels européens. Après les premières et timides actions d’arabisation ayant touché certaines matières jugées ‘’idéologiques’’ (droit, histoire, géographie, philosophie), les responsable de l’Éducation, enhardis par une économie rentière et clientéliste qui pouvait se passer des cadres de valeur, du travail et de la production, ont franchi le pas dans le sens de la domestication complète de l’école algérienne. Les résultats de la mise en œuvre de l’ordonnance d’avril 1976 relative à l’Ecole fondamentale ne se sont pas fait attendre. Outre une déperdition scolaire calamiteuse, les élèves qui terminent leurs cursus ont un niveau scolaire tellement faible que, même avec le Bac en poche, ils ne sont pas assurés de franchir les portes de l’université. Quand bien même ils y accèdent, le handicap de la langue d’enseignement vient refroidir les ardeurs de beaucoup de postulants. D’ailleurs, un phénomène nouveau, et assez révélateur pour être souligné, marque ces dernières années le paysage du secteur de l’enseignement. Il s’agit des bacheliers qui refont l’examen du Bac parce que les notes obtenues lors du premier examen ne leur permettent pas d’avoir accès à la filière convoitée. Un cas d’école, sans jeu de mots, dans l’Algérie du XXe siècle.
La société, les organisations des parents d’élèves et des partis politiques ont réclamé des réformes dans le secteur de l’éducation depuis longtemps. Le constat étant établi, restait la volonté politique de moderniser l’école algérienne pour la mettre au diapason des enjeux sociaux, scientifiques, techniques et économiques que notre pays affronte à l’aube du 21e siècle. C’est ainsi que le Président Bouteflika a pris l’initiative de constituer une commission de réforme de l’enseignement présidée par le professeur Benzaghou.
Les recommandations de la Commission sont assez prometteuses. Pour s’en rendre compte, il suffit de s’arrêter sur les réactions qu’elles ont soulevées auprès d’organisations et de partis intégristes ou à tendance arabo-islamiste. Par contraste, ces réformes apparaissent comme un véritable espoir pour tous ceux qui rêvent d’un avenir radieux pour ce pays. Il semble que le département de Benbouzid ait plutôt agi avec beaucoup de circonspection en matière de prise en charge pratique de ces recommandations.
La preuve en est que les décisions prises par le ministère le sont au compte-gouttes, et certaines d’entre-elles ont pris à contre-courant l’esprit même des réformes. Sinon, comment expliquer l’épée de Damoclès qui pèse sur les écoles privées sommées qu’elles sont de dispenser le même programme avec les mêmes outils- à savoir la langue arabe- que l’école publique ?
L’on se souvient également de cette mesure farfelue qui a consisté, en 2005, à renvoyer quatorze proviseurs sous le prétexte qu’ils n’ont pas réussi à faire obtenir à leurs établissements des résultats performants. Depuis quand la note d’examen relève-t-elle exclusivement d’un directeur d’établissement ?
Lors d’une réunion tenue en septembre dernier avec les directeurs de l’éducation, M.Benbouzid a annoncé que tamazight sera enseignée à partir de la 5e année dans 14 wilayas. Mais, en se plaignant d’un choix “cornélien’’ sur la graphie à adopter pour cette langue, le ministre semble oublier qu’une telle entreprise ne relève pas des politiques mais des spécialistes qu’il faudrait solliciter en mettant les structures et les moyens adéquats (académie, centre d’aménagement linguistique) pour dépasser un problème auquel le terrain a, en réalité, apporté la réponse idoine.
Face aux défis imposés par la nouvelle économie et le contexte d’une mondialisation effrénée, la société tout entière est en droit d’attendre une pédagogie moderne et un cadre idéal d’enseignement dégagé des scories de l’ancien système où le seul critère qui doit prévaloir sera le règne de la compétence.
A. N. M.
