Evoquer le 11 Décembre 1960, c’est mettre en avant la détermination d’un peuple, ainsi que sa prise de conscience de vouloir se débarrasser du joug du colonialisme, le prix à payer était très cher, et l’armée française a perpétré toutes sortes de répressions et génocides pour arriver à ses fins. Il a fallu au peuple algérien un long itinéraire jalonné de tant de souffrances pour qu’il puisse enfin recouvrer son indépendance ainsi qu’une certaine maturité politique, une maturité qui a permis de déjouer les manœuvres du général De Gaulle en ce 11 Décembre 1960, dont le plan consistait à mettre sur la sellette une troisième force représentative pour négocier au nom du peuple algérien. Une manifestation massive avait été organisée et bien encadrée par les militants de la wilaya III (Kabylie) et ceux de la Wilaya IV (Alger), arborant l’emblème national, scandant « L’Algérie algérienne », « L’Algérie musulmane », « Vive le FLN, Abbas au pouvoir », allusion au président du GPRA, par un envahissement sans précédent, un signe de soutien au FLN et au GPRA pour l’indépendance de l’Algérie. Avec celles du 17 Octobre 1961, ces manifestations avaient donné un large soutien populaire à la lutte armée, malgré les tentatives des autorités coloniales de les étouffer. Des autorités coloniales forcées, après ces démonstrations populaires, d’envisager des négociations qui allaient conduire aux Accords d’Evian du 18 mars 1962. L’armée française tenta vainement d’arrêter l’étendue de la manifestation qui a dépassé l’objectif assigné en tirant sur la foule à bout portant ; il y a eu certes beaucoup de morts et de blessés, mais leurs sacrifices ont été le témoignage de leur attachement à la Révolution pour la libération de notre pays.
Il est essentiel, en cette date historique, de rendre hommage à tous les martyres qui ont sacrifié leur vie au service de ce pays. Parmi la longue liste de ceux qui ont affronté la mort ce jour là, et dans d’autres circonstances, nous citons particulièrement Moussa Seddiki qui était commissaire politique au sein de l’Armée de libération nationale, ainsi que ses deux fils Douadi et Mohamed Lakehal, qui étaient quant à eux membres de l’Organisation civile du FLN. Nous avons au siège de notre journal un des parents des victimes tombées au champ d’honneur, en cette date mémorable et qui nous raconte en quelques mots ce qu’a été la fin de ses proches.
Le hasard a voulu que ces trois trouvent la mort le même jour, lors d’un rassemblement qui devait se tenir au lieu-dit Laazib Sidi Saddek, situé dans l’ex-Beni Chebana, actuel Beni Maouche (Bejaïa). Ils étaient sauvagement assassinés par l’armée française sous l’ordre du capitaine Schneider, agissant sur informations fournies par un harki.
Actuellement, une rue située à Raïs Hammidou porte le nom des trois martyrs : rue des Frères et Fils Seddiki. Moussa Seddiki avait à peine 43 ans, le fils Douadi en avait 22, alors que Med-Lakehal venait de souffler sa 19e bougie.
C’était une période cruciale, mais c’était aussi les derniers soubressauts de la France coloniale en Algérie.
Kahina Oumeziani
