La valorisation de l’économie touristique balnéaire dans la région des Iflissen, constitue une réelle perspective de développement et un espoir de sortie du marasme général dont lequel la localité ne cesse de se morfondre. Recelant de grandes potentialités demeurées en friche depuis la nuit des temps, au moment où la commune budgétivore, complètement dépendante de la perfusion du plan communal de développement cherche sa voie désespérément. Avec notamment une côte de près de vingt kilomètres, trois belles plages, un récif rocheux et une zone d’extension touristique -toujours à l’état embryonnaire- il y a de quoi faire pâlir d’envie d’autres localités.
Malheureusement, ces coins paradisiaques que sont Tamda-Ouguemoun et Abechar- Wouzoura n’ont jamais bénéficié d’une attention des pouvoirs publics en dépit de nombreuses interpellations. Si le premier site est toujours considéré et qualifié de plage d’échouage ou tout au plus d’un petit village de pêcheurs-parias, le deuxième demeure un coin perdu comme il en existe des centaines d’autres sur le littoral algérien.
L’intérieur de la commune constitué de terrains escarpés impropres à l’agriculture moderne, mis à part le triangle Imessounen, Arbi et Ighil Baswel où la générale des concessions agricoles (GCA) a mis en oeuvre un plan de développement rural qui est toujours en exécution. Le reste est une terre ingrate et accidentée, dépourvue de ressources hydriques et sans couvert végétal important à exploiter.
Depuis quelques années l’APC, s’étant rendue à l’évidence, a porté son regard au nord, du côté du lieu dit Lahrayeq avec le projet de créer une première ville dans la commune exactement près de la plage d’Abéchar. Mais, les plans de l’APC sont très loin d’avoir l’approbation des détenteurs des deniers publics en haut lieu.
Néanmoins, les investisseurs privés locaux ont quelque peu devancé les autorités. A l’embouchure de l’oued Zegzou formée à son embouchure par les parois rocheuses des deux pentes raides et par le fond d’une baie pierreuse ouverte, l’homme a depuis des siècles élu ici domicile commercial. De l’exportation des tuiles rouges kabyles et des fruits du caroubier vers les ports méditerranéens au village des pêcheurs des habitants riverains, Tamda-Ouguemoun n’a jamais cessé, avec le temps qui passe, de se métamorphoser, bref de s’améliorer. Aujourd’hui, le lieu est devenu un site touristique incontournable pour tout touriste de passage dans la région.
Au lendemain de l’indépendance, les jeunes des villages riverains, en particulier Aguemoun et Issenadjene, en mal d’emploi ont décidé de s’instaurer marins-pêcheurs et d’exploiter les ressources halieutiques en élisant domicile sur la plage d’échouage de Tamda-Ouguemoun. Les quelques marins chevronnés qui ont bravé les mers démontées et le fond glissant de la plage mal abritée en galets gardent à présent des souvenirs amers. Leur quotidien était fait de naufrage de bateau, perte du matériel de travail, blessures…
Au début des années 90 alors que le terrorisme aveugle sévissait dans l’Algérois, un homme au flair commercial avait bâti le premier fast-food dans la baie. Le succès de ce commerçant fut tel que les cabanes commençèrent à naître comme des champignons et en quelques années les 200 mètres de bande de terre constructibles sont saturés. Aujourd’hui, le site est composé d’une vingtaine de restaurant dont la spécialité est exclusivement le poisson et les fruits de mer. Les produits, dont la qualité ne souffre aucune discussion, sont souvent pêchés le matin même par les marins encore en exercice sur les lieux.
Les investisseurs profanes rivalisent d’ingéniosité. Les restaurants bâtis en dure ou en forme de chalets en bois possèdent des décors multiples et des matériaux divers comme le parpaing, la pierre mosaïque, les galets marins et le bois de pin…Certains investissements se chiffrent à des millions de dinars. Sur l’échelle de l’économie locale, Tamda-Ouguemoun demeure, après la fonction publique et la GCA, le troisième employeur de la commune avec près de 70 postes directs permanents et plusieurs autres indirects. Cette année avec la baisse de l’activité liée à l’échec de la saison estivale, c’est toute la chaîne professionnelle composée de livreurs de marchandises et d’eau, de pêcheurs et des transporteurs entres autres qui a souffert.
Le site touristique, sorti de terre avec la seule volonté du privé, n’est pas encore alimenté en énergie électrique et l’eau potable y est inexistante et, d’après les informations en notre possession, ces problèmes ne seront pas réglés demain. Pour s’éclairer les restaurateurs utilisent les générateurs et l’eau arrive par des citerne au coût de 1000 dinars la citerne de 2000 litres. Sous d’autres cieux, rien qu’au motif de sauvegarder les emplois aurait déclenché une véritable campagne pour la régularisation des commerces, lieux paisibles et de consommations, et la viabilisation du coin pour permettre un meilleur repos aux vacanciers. Ce qui est loin d’être le cas chez nous. Au fait, la valorisation de l’économie touristique sera-t-elle la bataille de demain des autorités locales ? Pour l’heure, ces dernières se comportent comme cet homme qui vit auprès d’une source mais qui part des kilomètres à la ronde pour aller chercher de l’eau !
Notons enfin que la présence des autorités sur la bande littorale des Iflissen se limite au revêtement, à la fin du siècle dernier, de l’étroite piste d’accès, longue de quelques 300 mètres, de Tamda-Ouguemoun ainsi qu’à la construction actuellement d’un treuil, réclamé depuis des années par la pauvre communauté des pêcheurs. Une enveloppe de deux millions de dinars a été dégagée dans le cadre sectoriel pour sa réalisation. La petite remorque fixe sera co-gérée par l’association des pêcheurs et l’APC des Iflissen. Rien de plus.
G. M.
