L’âne se fait de plus en plus rare

L’âne, ce docile animal qui a depuis des temps immémoriaux accompagné l’homme dans ses durs labeurs est à l’heure actuelle en voie de disparition et cela pour diverses raisons, la plus importante serait le fait qu’en Kabylie existe une coutume qui empêche les citoyens d’élever ou d’acheter une femelle (ânesse) une coutume vigoureusement respectée sans que personne ne soit en mesure d’en expliquer la raison ou l’objectif. Bête rustique et résistante grâce à laquelle a été construite la kabylie, l’âne n’est pas exigeant en matière de nourriture, par conséquent facile à entretenir, il n’y a pas longtemps, il a accompagné les campagnards de Kabylie dans toutes leurs activités quotidiennes, servant de monture sur les chemins escarpés ou pour le transport de lourds fardeaux, il est aussi fréquent qu’il soit utilisé comme bête de trait pour les labours. La seule saison où ce paisible animal devient turbulent et capricieux est le printemps car repus d’herbe fraîche, il ne rate aucune occasion pour évacuer son surplus d’énergie en donnant libre cours à sa joie de vivre par des ruades et surtout engage d’interminables combats contre ses semblables. Le concert de braiments qui égayaient jadis nos campagnes créant une animation particulière n’est désormais plus qu’un vieux souvenir. L’âne se fait si rare que c’est tout un événement qui se crée sur son passage devant une école ou dans un cité populaire les enfants accourent et se bousculent pour le voir de près. L’exode rural généralisé vers les centres urbains est l’autre raison de sa régression, c’est la mort dans l’âme que ces campagnards déracinés se sont séparés de leur compagnon de toujours devant l’impossibilité de le nourrir ou le parquer faute de place pour aménager une étable. « J’aime l’âne si doux, marchant le long des houx » disait un poète qui a longtemps séjourné en Afrique du Nord et cela après avoir étudié et découvert ses nombreuses qualités et surtout son utilité pour l’homme. C’est avec nostalgie, une émotion non feinte que les anciens se lancent dans l’évocation des prouesses de l’une de ces bêtes qu’il leur est arrivé de posséder dans leur jeunesse. Le fait que la coutume relatée soit strictement appliquée fait que la reproduction de l’âne est quasiment inexistante en Kabylie, c’est une région où ne subsistent encore que quelques rares spécimens de l’un des plus fidèles compagnons des montagnards.

O. S.