»Il faut passer aux remèdes »

Mobiliser les forces vives de la nation, pour la mise en œuvre commune d’une nouvelle politique de développement, en commençant par la lutte contre la corruption, la chasse au gaspillage qui culminera avec l’ancrage des intérêts des générations futures, c’est ce qui ressort,en substance, de la rencontre avec la presse, hier, à la Maison de la presse Tahar-Djaout, de la Conférence nationale de lutte contre la corruption. La Conférence nationale compte en son sein plusieurs personnalités politiques, à l’instar d’Ahmed Benbitour, ex-chef de gouvernement, Ahmed Mahsas, ancien dirigeant de la guerre de Liberation, ainsi que Mme Benbraham, juriste. L’ancien Premier ministre a d’emblée rappelé que la corruption est implantée dans tous les rouages de l’Etat et des entreprises. Pour lui, les scandales de comportements de hauts responsables de la nation en sont la preuve. Pour étayer ses propos, la porte-parole de cette organisation a tenu à expliquer les différentes formes de corruption. Il y a, selon lui, la petite corruption qui consiste en la recherche de pots-de-vin pour obtenir ce qu’il faut obtenir normalement. Pour ce qui est de la grande corruption, elle est définie selon l’orateur, par les différents scandales financiers, surtout lors des passations des contrats de réalisation de projets d’infrastructures, ainsi que les prêts bancaires. « Malheureusement, on assiste aujourd’hui à une autre forme de corruption, qui est la conséquence de la situation de double transition politique et économique que vit notre pays, c’est la corruption de type accaparement de l’Etat, à savoir la trappe de transitions permanentes, ou ni autoritarisme ni démocratie… », a-t-il indiquer. Que faut-il faire alors pour sortir de ce marasme ? La solution, aux yeux de Benbitour, est que les pouvoirs publics « doivent initier des processus politiques qui culminent avec des programmes anticorruption, à savoir : les réformes du système de régulation de la Fonction publique et des administrations, des finances publiques ainsi que du système judiciaire ». « Un effort doit être fourni pour promouvoir la participation de la société civile dans ce processus de lutte contre la corruption », a-t-il encore suggéré. Et le rôle de leur organisation dans cette problématique ? Il indiquera que celle-ci aura pour « mission », de passer de la période de condamnation et de dénonciation au stade de propositions et de remèdes. « Notre objectif consiste en le rapprochement entre la société civile et la société politique d’un côté, et entre les institutions gouvernementales d’un autre côté pour faire face à ce problème ». Avant d’ajouter : « On est là pour créer des convergences entre les diverses propositions et études que les institutions officielles, partisanes et sociales formulent pour lutter contre le fléau ». S’agissant du gaspillage des richesses naturelles, le conférencier a clairement signifié que notre pays, ne profite pas aujourd’hui de la rente due aux ressources naturelles. Il dira que « les hydrocarbures étant une ressource non renouvelable, il faut bien considérer que chaque quantité de pétrole et de gaz exportée est au départ un appauvrissement de la nation au profit du reste du monde ». En guise de solutions, il dira qu’ « il faut que les recettes d’exportations et de la fiscalité pétrolières devraient, de ce fait, être un investissement réel pour l’avenir, et non une dilapidation d’une ressource non renouvelable, et par ricochet une hypothèque sur les générations futures ».

L’autre volet abordé dans cette rencontre avec la presse, est « l’exportation » du capital humain. En effet, Benbitour n’a pas mâché ses mots pour déclarer que chaque année, l’Algérie perd des centaines d’experts, d’universitaires disposant d’une grande expérience qui, de son avis, pourraient faire bénéficier le pays de leurs savoir-faire. « C’est grave de voir notre pays importer des travailleurs étrangers pour construire nos logements », tonne-t-il. Pour sa part, le coordinateur général de la Conférence pour la sauvegarde des intérêts des générations futures, Ahmed Mahsas, a indiqué que son institution aura comme membres différentes entités politiques, sociales, universitaires, ainsi que les institutions publiques adhérant à ce projet. « On va procéder à la proposition de mécanismes de lutte contre la malfaisance et de sauvegarde des générations futures sous forme d’études des différents établissements et institutions nationales ». Dans ce chapitre, l’ex-candidat à la présidentielle de 2004 a tenu à préciser que son organisme n’est assujetti à aucune chapelle politique. Le point de presse d’hier est, selon Benbitour, une préparation à une rencontre nationale qui emboîtera le pas aux autres rendez-vous régionaux, ainsi qu’au niveau de chaque wilaya. Ces réunions se solderont, selon ses propos, par des propositions concrètes.

Salah Benreguia