C’est un poète de talent. Ses écrits sont un interminable parcours de plaisir. Une ivresse incommensurable.
Abdelmadjid Kaouah est un poète algérein né le 25 décembre 1950 à Aïn-Taya (Alger). Après avoir été directeur de L’Unité, journal de l’Union nationale de la jeunesse algérienne, il entreprend des études en lettres à l’Université d’Alger. Parmi ses œuvres, on peut citer : Par quelle main retenir le vent, un très beau recueil de poésies. Kaouah manipule parfaitement sa plume et sait inventer les mots mélodieux, les mots enivrants. De grands hommes de lettres à l’instar de Tahar Djaout reconnaissent l’importance de son travail artistique.
« Marchands habiles des souks populaires vous vendez l’éternité dans un verre de thé
Notre dieu est beau
Et les femmes accourent voir s’accomplir la beauté dans sa chair ouverte, parsemez votre corps de sel marin sortez à la pleine lune toutes nues
Puis étendez-vous sous le figuier à l’aube un buisson de jasmin s’élancera de votre poitrine
C’est heure de nudité marine des collines d’effroi
Vous êtes en partance pour votre destin
Et ce sourire de tabac luxueux ne peut nous séparer
C’est l’ heure de nudité
Écrivains aux gestes séniles », écrit le poète. Les poèmes d’Abdelmadjid Kaouah sont animés d’un souffle particulièrement revigorant qui lève sur son passage les feuilles dispersées du souvenir et les effluves d’une jeunesse qui a laissé en s’en allant tant de promesses qui restent à réaliser.
Ce sont des poèmes qui tendent vers la plénitude et qui laissent bien peu de choses hors de leur inventaire : il y circule une révolte et des confidences d’amour, de la protestation et de l’espoir mais aussi tant de lumières douces qui font rêver, tant d’évocations d’arbres et de rochers, tant d’oiseaux annonciateurs de terres et de saisons heureuses. Les poèmes, souvent courts, contiennent pourtant un ferment d’épopée. Celle de l’homme enraciné dans la terre et la colère, dans la cité et l’espérance, dans le travail et ses outils divers.
A aucun moment le poète n’abandonne le champ épineux de l’enjeu social. Pour Abdelmadjid, le poème ne saurait s’enfermer dans les seules dimensions ludiques ou abstraites. Dire, défricher, avancer, rencontrer et communiquer : voilà pour lui les jalons principaux dans une démarche poétique singulière.
On aurait volontiers dit que sa poésie est « engagée » si ce mot pouvait encore signifier quelque chose. De toute façon, l’écriture d’Abdelmadjid Kaouah possède un souffle indéniablement épique, quelque chose comme le rythme d’une marche vers une destination où l’homme demeure la préoccupation essentielle. Mais la recherche du poète ne veut pas de cet homme étriqué que tant de discours prêchent en le réduisant à un schéma. Kaouah sait que nous ne pouvons aspirer à la plénitude que si nous refusons la réduction, si la recherche des grands idéaux n’exclut pas pour nous les petites haltes que nécessitent les choses familières du quotidien et les rencontres fortuites. C’est ce qu’on retrouve chez de grands auteurs comme William Faulkner.
« Je vois venir son ombre.
L’amour est une boule de feu qui fait la joie des forains il dicte aux oiseaux le message de l’adieu et s’arrête pour recueillir dans ses mains gercées le rire des passants
Qui coupe comme des ciseaux il tire du passé sa flûte
Et la tient comme un morceau de pain pour féconder le silence, l’amour est une orange amère qui fait la joie des oiseaux
Il dépose sa flûte sur la croupe d’un nuage et récite son présent aux bêtes qui s’aiment dans les buissons aux approches de l’aube il escalade la haute tension pour hurler à son peuple la mort du jasmin », ajoute l’auteur deVigilant Sortilège. Ces écrits et tant d’autres merveilles sont à lire et à relire. La poésie qui nous procure l’ivresse est une création qui ne perdra point de saveur.
Y. C.
