Douleur des uns et manipulation des autres

Quelques centaines d’étudiants ont battu le pavé hier à Bouira. L’itinéraire qui devait les conduire depuis le Centre universitaire à la cité universitaire a été négocié avec les forces de l’ordre qui craignaient des débordements et qui finiront par tolérer un sit-in de près d’une heure devant le campus, au terme d’une ‘’marche escortée ». Cette manifestation qui s’ébranlera aux environs de 10h se voulait silencieuse en hommage à l’étudiante et à l’agent de sécurité du campus décédés dans un accident de voiture, jeudi dernier. Pour rappel, la défunte, Ouardia Debou en l’occurrence, avait accompagné l’une de ses camarades, étudiante aussi, à Akbou où son père venait de décéder. Un clandestin a été loué pour transporter les deux jeunes filles et un agent de sécurité de la cité universitaire. De retour d’Akbou, vers 23 h, Debou Ourdia, l’agent de sécurité et le chauffeur trouveront la mort sur la RN5. Ainsi, au-delà de la dimension hommage, les étudiants dénoncent et accusent à travers cette action les responsables de l’université d’avoir fait appel à « des étrangers à l’université  » pour conduire la défunte et sa camarade à Akbou. Dans un document rendu public, ils revendiquent  » une commission d’enquête pour situer les responsabilités des uns et des autre dans cette affaire « .

Arrivés devant le campus et encadrés par les forces de l’ordre, les protestataires ont observé une minute de silence. Jusque-là, la démarche s’inscrit dans une logique plutôt ‘’civique ». Mais voilà que l’on perd le fil de cette logique, dès que celui qui semblait être leur porte-parole de la protesta lance dans un mégaphone, et contre toute attente, des

« Allahou akbar !  » suivis d’un lexique religieux en déphasage avec les faits.

A l’intérieur du campus, d’autres étudiant(e)s scandaient des slogans exprimant le soutien au responsable mis en cause. Quelques étudiants isolés gesticulaient. Leur effervescence qui frisait l’hystérie nous semblait démesurée. Mais pas tant que ça, lorsqu’on apprendra que les gesticulateurs représentaient des structures affiliées aux politiques. De toute façon, n’était-ce la présence des forces de l’ordre, gesticulateurs, protestataires et souteneurs en seraient arrivés aux mains.

Il n’était pas facile de comprendre la position des uns et des autres. A vrai dire, les propos étaient confus. On avait même entendu du

« bi ddem, bi rruh nefdik ya’…(avec notre sang, notre âme, nous te protégeons … !) » En fait, la manipulation politique était grotesque.

T. Ould Amar