Voyeurisme

L’exécution de Saddam Hussein, le 31 décembre passé, comme on sait, a suscité un vaste mouvement de réprobation dans le monde, non seulement des fans du président déchu, qui voient en lui un héros, mais aussi de ses adversaires, du moins d’une partie d’entre eux : c’est que l’exécution a été programmée le jour de l’aïd al adha, jour de fête pour les musulmans, et elle a été filmée et diffusée. Ce spectacle, qui frôle le voyeurisme, a choqué plus d’un et l’on a prédit que le le souvenir de cette exécution, qui rappelle les lynchages des westerns spaghettis, restera longtemps dans les mémoires.

Mais voilà que les images de la pendaison sont diffusées sur les portables : c’est même plus complet qu’à la télévision puisque des scènes non diffusées, telles que Saddam basculant dans le vide, la corde au cou. Stocker ses images, les regarder et les faire regarder à de tierces personnes a déjà quelque chose de pervers mais quand ce sont des jeunes, voire des enfants qui les exhibent, cela devient inquiétant.

Le spectacle banalisé de la mort nourrit les fantasmes et surtout alimente les idéologies malsaines : on parle de revanche à prendre sur les ennemis de l’Islam et du monde arabe, de la nécessité de la guerre sainte, rappelant pour les Algériens que nous sommes les pires années de la propagande obscurantiste et du terrorisme. Oublié les crimes de Saddam, on ne retient plus que cette exécution, il faut le dire, horrible, qui est finalement, pour l’ancien didacteur irakien, une vraie rédemption…

S. Aït Larba