Le procès laborieux de l’affaire Khalifa qualifié pompeusement par l’ancien chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, « d’escroquerie du siècle », a déjà bouclé un mois de débats et d’audiences souvent houleux entre le tribunal et les avocats de la défense des 104 accusés. Beaucoup d’encre a coulé sous les arcanes du tribunal près la cour de Blida où se tient le procès depuis le 8 janvier dernier. L’audition de nombreux accusés, fonctionnaires de la banque El Khalifa, a eu le mérite de mettre à nu les pratiques irrégulières avec lesquelles l’ancien golden boy d’Alger, Rafik Abdelmoumen Khalifa, puisait dans l’argent des déposants et des petits épargnants. Pour la vox populi, ces inculpés sur lesquels pèsent de lourdes accusations, ressemblent à s’y méprendre à des lampistes, des seconds couteaux, étant convaincu que Moumen Khalifa a bénéficié d’une « couverture complice » lors de son ascension météorique vers les cimes de la gloire. La preuve, il a été élu meilleur manager par les autorités algériennes qui le présentait comme « l’icône » d’une nouvelle génération d’investisseurs, capables de booster l’économie d’autres pays et son image de marque auprès des nations. Lors du procès, les confessions de certains anciens ministres et responsables de caisses sociales ont été sidérantes tant l’implication juridique de certaines personnes cités comme témoins les aurait confondus. Sous d’autres cieux, Ils se retrouveraient inéluctablement auprès accusés.
Qu’en en juge ! A la présidente qui l’interrogeait au sujet d’une correspondance envoyé au ministère du Travail et de la Sécurité sociale dans laquelle est consignée, noir sur blanc, que le Conseil d’administration de la CNAS s’est réuni et voté la résolution permettant le placement de ses avoirs dans la banque Khalifa, Sidi Said, secrétaire général de la Centrale syndicale, dit assumer ses responsabilités. Cette déclaration doit inviter à son tour la justice algérienne en charge du dossier Khalifa à assumer sa part de responsabilité dans l’application, sans la moindre concession, des lois de la République. Il y va de sa totale crédibilité, déjà ternie par son suivisme et fortement décriée par l’Algérien lambda. La justice Algérienne a eu toujours cette propension maladive à blanchir les hauts responsables de l’Etat et enfoncer ceux dépourvus « d’appuis ». L’inculpation d’un ancien ministre de l’Habitat par la Cour Suprême, cité au début en sa qualité de témoin, sera-t-il le prélude au démantèlement du mythe de hauts responsables intouchables et par voie de conséquence, justiciables comme tout autre citoyen ? Le procès Khalifa sera-t-il l’occasion pour la justice de faire son examen de conscience et contribuer à l’éclatement, sans fard, de la vérité nue et entière ? Réponses après le verdict.
L’autre fait marquant sont les confessions de nombreux responsables d’organismes publics. Ceux-ci sont accusés notamment de corruption, de trafic d’influence et de perception d’indus avantages. Ces exemples de responsables véreux à ne pas mettre au registre de l’exception, renseignant sur l’ampleur galopante de la corruption gangrenant les rouages de l’Etat. Ceci laisse supposer que le procès Khalifa, devant l’absence de son principal accusé en fuite en Grande-Bretagne depuis 2003, est également celui des institutions de l’Etat où la pratique de la « Tchipa », selon l’expression populaire, bien que moralement répréhensible et juridiquement condamnable, constitue un sésame pour de nombreux cadres afin de gravir les échelons et booster leurs carrières. Le discours officiel pérorant sur la lutte contre cette calamité se fracasse souvent sur les récifs d’une pratique érigée en mode de gestion. C’est un peu les institutions de l’Etat, à travers les divers intervenants représentants, qui défilent devant le tribunal de Blida. Alors procès Khalifa ou procès des institutions de l’Etat ? Peut-être, les deux à la fois.
Hocine Lamriben
