Dans l’attente d’un avenir meilleur

« Notre village souffre à l’image de la plupart des villages kabyles de multiples problèmes et évidemment sa prise en charge effective par les autorités n’est pas pour demain…  »

De l’amertume, de l’impatience, un sentiment d’injustice, voilà ce qui se dégage des propos des citoyens que nous avons interrogé. « … Et il paraît que notre village est le premier dans toute la vallée de la Soummam à avoir été pilonné par l’aviation française… regardez où nous en sommes plus de quarante ans après l’Indépendance ». Tayeb Remini, un citoyen fier de l’histoire de son village, ne cache pas son dépit face à la situation socio-économique peu reluisante dans laquelle se trouve son village natal.

Tizi Tifra, considéré comme le second village de la commune après Tifra en termes de population, vit dans l’attente de lendemains meilleurs. Selon certains citoyens du village, tous les secteurs d’activités sont au rouge. AEP, assainissement, pistes, électricité, agriculture, culture et jeunesse… Tout marche de travers quand cela ne marche pas du tout. « Nous avions connu un moment d’euphonie quand notre village a bénéficié en 2004 d’un projet agricole collectif dans le cadre du PNDRA, mais c’était sans compter sur les surprises administratives ». A peine avait-t-on fini l’opération de défrichage que le projet fut annulé tout bêtement. « A ce jour, on ne connait pas les raisons qui ont été à l’origine de cette annulation. Pourquoi entame-t-on des projets pour les abandonner après avoir dépensé inutilement de l’argent ? » s’interroge Mohand Ou Messaoud, l’un des ex-responsables du village. « Ce projet aurait pu absorber le chômage dont souffre énormément notre village et on aurait transformé Alma n’Louh en un lieu agricole très prospère qui aurait pu servir d’exemple et de déclic pour les autres régions afin de développer l’agriculture de montagne », ajoute-t-il avec une note d’amertume. En entendant le chapelet de problèmes auxquels fait face le village courageusement, on ne peut s’empêcher de penser aux souffrances des populations vivant dans les communes montagnardes. Loin des centres urbains et manquant presque de tout, elles continuent à vivre au moyen-âge en 2007 : manque d’éclairage public, absence d’unité de soins… pour le gaz n’en parlons pas, puisqu’on l’appelle judicieusement « de ville », les villages ne doivent pas en rêver à moins qu’ils ne deviennent des villes.

« Ecrivez-le dans votre journal, nous dit instamment Tayeb Remini, l’eau de source que nous recevons dans nos foyers tous les dix à quinze jours est souvent impropre à la consommation. Cela fait deux jours qu’elle nous a été servie : elle était de couleur rougeâtre, presque boueuse… il faudrait faire des contrôles avant que l’irréparable n’arrive ! » L’eau est de toute apparence un sujet qui fâche à Tizi Tifra, au sujet de l’eau ADE, celle dite « Bwassif » les citoyens n’ont rien à dire, par contre pour l’eau de source, ils se disent insatisfaits et interpellent les autorités pour qu’elles se penchent sérieusement sur cet épineux problème qui prend des proportions alarmantes en saison estivale.

Le réseau d’assainissement du village n’est réalisé que partiellement, plusieurs citoyens, faisant dans la débrouille, se contentant de fosses septiques « mais jusqu’à quand, notre patience a des limites », nous disent-ils. D’ailleurs, ces fosses débordent parfois, ce qui laissent apparaître par-ci par-là des cloaques susceptibles de provoquer différentes maladies. En plus de ceci, on nous apprend qu’à certains endroits du village, le réseau AEP et le réseau d’assainissement se chevauchent, se touchent et ne manqueront pas à la longue de s’interconnecter pour mettre tout le village en danger. « Heureusement Dieu nous protège car à voir la manière avec laquelle sont réalisés les réseaux AEP et les réseaux d’assainissement, presque tous les villages kabyles auraient dû périr de maladies à transmission hydrique ». Tayeb Remini ne mâche pas ses mots et il voulait même pour nous convaincre nous montrer les endroits incriminés. Le village dont la topographie est accidentée est d’un accès difficile, la piste qui mène au village réalisé par les villageois eux-mêmes est tellement pentue qu’elle se révèle un vrai traquenard, d’ailleurs, plusieurs automobilistes et tractoristes ont dérapé en heurtant les habitations riveraines, un évitement est souhaité, et là les villageois demandent à ce que la piste qui part d’Akhnaq et Asch en allant vers le centre du village, le cimetière et l’école doit être aménagée rapidement pour éviter au village de connaître quelques grands dégâts.

Toujours dans ce cadre, les citoyens se demandent pourquoi le tronçon de la piste allant de Handouna vers leur village n’est pas aménagé alors que le tronçon Handouna-Timguidecht vient de l’être dernièrement. Cet aménagement, s’il venait à se réaliser, permettra une jonction entre les deux villages, ce qui serait bénéfique pour tous les citoyens de la région. Mais qui se soucie de l’essor économique des petits villages kabyles ! Harcelés par les problèmes de toutes sortes, minés par le chômage, les villages kabyles comme Titi Tifra, tentent tant bien que mal de rendre leur quotidien un peu plus supportable. Les efforts des comités de village et des associations culturelles ne peuvent pas évidemment venir à eux seuls, à bout des situations presque inextricables qui malmènent les villageois dans ces villages oubliés. Ils attendent des gestes forts de la part de leur administration, l’éclairage public est dans un piteux état, les lampes sont presque toutes grillées et beaucoup d’endroits nécessitent la pose de nouveaux lampadaires, il était question de procéder à l’extension du stade mais on ne voit rien venir, notre association culturelle « Tagmats, qui a pourtant joué un très grand rôle dans l’animation du village n’a reçu à ce jour aucun sou de la part de l’Etat, le transport scolaire et le transport public sont tellement désorganisés qu’au lieu de nous transporter, ils nous « portent en transes »…. S’il fallait vous énumérer tous nos problèmes, c’est à ne plus en finir…  » Tayeb Remini pousse un soupir qui en dit long sur l’immensité des besoins de la population.

« Notre commune a pourtant les capacités d’une politique audacieuse en manière de développement durable : la modernisation de la station thermale, à elle seule, pourrait sortir notre commune de l’ornière du sous-développement, ceci sans parler des autres secteurs tels l’artisanat (poterie, vannerie), l’agriculture de montagne… mais y a-t-il vraiment réflexion pour tenter de sortir la commune de sa situation actuelle ? Je ne le pense pas ! » renchérit Mohand Ou Messaoud.

Tizi Tifra veut croire à un avenir meilleur, un avenir prospère, un avenir où les responsables se soucieront réellement des citoyens, un avenir où seront éradiqués tous les fléaux sociaux, un avenir où le citoyen ne voudra plus aller vivre ailleurs. Dans cette attente, Tizi Tifra prie et espère.

Boualem B.