Anciennement l’armée française avant le déclenchement de la guerre de libération de novembre 54, avait surnommé la région d’Ath Laâziz «la huitième armée». Une appellation qui provient du fait que les groupes de moudjahidines attaquaient les trains et les convois de l’armée française pour s’approvisionner en produits alimentaires, munitions et armes.
Bien après l’Indépendance, l’arch n’Ath Laâziz a été érigé en commune lors du découpage administratif de 1984. Cette localité est une des rares communes en Algérie où les intégristes islamistes n’ont pas réussi à pénétrer dans ses villages et bourgs. Grâce notamment à la vigilance et à la résistance de ses citoyens. Dans un état d’indigence et d’isolement quasi absolu, au grand désespoir de ses 15 000 habitants, les citoyens n’ont pas encore bénéficié de projets de grande envergure. Projets qui auraient amélioré un tant soit peu leurs rudes conditions de vie. Pour ceux qui ne connaissent pas la région d’Ath Laâziz, c’est une commune implantée à 10 km au nord du chef-lieu de la wilaya de Bouira. Elle est limitrophe avec la Région de Draâ El Mizan à l’Ouest et celle de Boghni au Nord. Et pour ceux qui veulent visiter cette localité montagneuse ils n’ont qu’à emprunter le chemin de wilaya n°05 qui dessert ladite commune vers celle de Bouira où un tronçon est complètement impraticable jusqu’à la localité d’IGhil Ouamanchar.
A souligner que le tronçon reliant Ighil Ouamanchar vers la localité Zeboudja a été bitumée l’année précédente avec la bagatelle dépassant les 4 milliard de centimes. Une fois arrivé au chef-lieu de la commune d’Ath Laâziz, en l’occurrence Bezzit Haut, notre attention est attirée par une décharge. Une collecte d’ordures ménagère communale est située non loin d’un groupe d’habitations et en plus d’un établissement récemment inauguré : un centre nommé Centre culturel mais en état de délabrement selon les dires de quelques habitants.
Un café qui fait office de lieu de rencontre où de jeunes chômeurs « tuent le temps » en jouant aux cartes à longueur de journée ou aux dominos. Non loin, trois agents assurent le fonctionnement d’un centre de santé ô combien indispensable ! Hormis la vaccination et les premiers soins, nous déclare un infirmier, aucun soin n’y est prodigué et les malades doivent se déplacer jusqu’à l’hôpital de Bouira pour se faire soigner, soit une distance de 10 km. Plus loin, un édifice scolaire abandonné et quelques 16 locaux commerciaux sont toujours fermés alors que des centaines de jeunes désirent se lancer dans des activités commerciales.
Des villages dépouillés
Pour constater de près l’état des villageois et leurs conditions de vie qui se dégradent de jour en jour, une tournée nous a menés vers quelques bourgs. Constat amer : les villages Ivarvaren, Semaân, Chekouh Iaâchouren, Ivoughardhanen n’ont pas d’éclairage publics depuis l’indépendance. A souligner que quelques poteaux électriques ont été dotés un certain temps de lampes mais elles n’ont jamais fonctionné. Et les routes qui y mènent sont dans un état lamentable. La population qui y vit souffre le martyre.
Une situation qui a poussé nombre de villageois à abandonner leurs maisons et venir s’installer dans les zones urbaines que ce soit au chef-lieu de la wilaya de Bouira ou dans l’Algérois.
Les plus chanceux ont quitté le bled disent-ils, car la catégorie qu’est cette jeunesse est complètement marginalisée. Pour preuve, plus de 80% des jeunes de cette région, qui souffre du chômage, ont quitté leurs villages pour aller trouver du boulot soit à Alger, Tizi-Ouzou ou Oran puisque sur cette colline oubliée où seuls les éperviers tournent en rond, cela ajoute une note de tristesse au spectacle. Pas de projets pour absorber un taux de chômage et engendrer des postes d’emploi.
Amar Fedjki
