On ne peut pas se réjouir de la mort d’un être humain, mais Maurice Papon, qui vient de mourir, n’est pas un être humain, c’est-à-dire au sens noble du terme : un être qui partage les valeurs humaines, sensible au malheur des autres, solidaire.
Ce n’est pas un hasard si, peu avant sa mort ou après, des Français ont pris l’initiative de rebaptiser une station de métro, ‘’station du 17 Octobre 1961″, en souvenir des Algériens, massacrés ce jour-là, à Paris, devant une station de métro, sur ordre de Papon, alors préfet de police de Paris. Papon a été inculpé de crime contre l’humanité et a été jugé, mais pas pour les Algériens qu’il a fait tuer.
Le même Papon, au cours de l’occupation allemande, avait fait envoyer dans les camps de concentration des centaines de juifs français. Ce crime, pour lequel on a eu certainement raison de le condamner, a malheureusement effacé l’autre, celui contre les Algériens. Pire, ce criminel allait occuper de hautes fonctions dans l’Etat français : il est resté préfet jusqu’en 1967 et Valéry Giscard d’Estaing en avait fait son ministre du Budget. Mais l’histoire avait fini par le rattraper : en 1998, il a été condamné à dix années de prison,, pour son rôle dans la déportation des juifs, mais son procès dans l’affaire des Algériens reste à faire. Un auteur français, J. L. Einaudi a exhumé l’affaire, en 1991, dans un ouvrage au titre révélateur : La bataille de Paris, mettant en cause l’ancien préfet dans les massacres de 1961. Maurice Papon qui l’avait attaqué pour diffamation avait été débouté, ce qui était une reconnaissance implicite de sa culpabilité. Mais le procès reste à faire, même si Papon est mort.
S. Aït Larba
