Les Algériens risquent de voir leurs habitudes de consommation sérieusement perturbées dans les jours à venir, suite aux tensions sur le lait, produit de première nécessité par excellence. Et pour cause, les dernières flambées sur le marché mondial des matières premières ont mis la filière dans des difficultés financières pour le moins sérieuses. En effet, le marché mondial est actuellement en pleine effervescence, et l’offre de Union européenne pas conséquente. Telles sont, en somme, les causes qui font que le sachet de lait, cédé actuellement à 25 DA, n’est plus rentable pour les producteurs et les transformateurs. Alors que le découvert bancaire de la société publique Giplait, avec ses 17 filiales, est de l’ordre de 34 milliards de DA, une dizaine d’unités de production, qui représentent, à elles seules, plus de 60% du marché national, ont déjà fermé pour rupture de stock. Une cinquantaine d’autres risquent de faire de même dans la semaine ou les dix jours à venir.
Le problème de la poudre de lait est un phénomène mondial, dû à sa rareté. Un élément qui n’a fait qu’augmenter les prix d’une manière spectaculaire. Selon M. Ziani, président de la Fédération agroalimentaire, le prix de la tonne a atteint les 2 700 dollars, soit une augmentation de 118% depuis 2001. « Les stocks s’épuisent et on ne peut pas acheter la poudre de lait au prix actuel et vendre le sachet aux tarifs fixés par l’Etat », a-t-il indiqué lors de la rencontre, tenue dernièrement, et qui a regroupé les propriétaires de 63 entreprises privées de production et de transformation du lait. Il a indiqué, par ailleurs, que le prix du sachet de lait n’a pas évolué depuis six ans, alors que celui de la poudre a augmenté de 118% durant cette période. M. Ziani avait tenu à préciser qu’avec cette augmentation, le prix de revient réel d’un sachet est de 38 DA. Dans cet ordre d’idée, il dira qu’il est quasiment impossible aux producteurs de continuer à le vendre à 25 DA. Et d’ajouter que sur le prix administré du lait, 0,70 DA va au distributeur et 1 DA au commerçant. Selon les producteurs de lait, la libéralisation du marché national, ainsi que la cessation de la politique de subvention et de soutien au lait, entraîneraient une envolée vertigineuse du prix réel. » Le gouvernement doit trouver rapidement une solution au problème », a souligné M Ziani, qui, en guise de solutions, propose deux issues pour éviter la pénurie : soit libérer les prix du lait ou revoir le système du prix administré. Pour le ministère du Commerce, le prix du sachet de lait, un produit de base qui est subventionné par l’Etat, ne sera pas augmenté à court terme. Une décision mal perçue par les producteurs qui menacent de recourir à la grève. Côté consommateurs, qui n’arrivent à joindre les deux bouts qu’à leur corps défendant, si cette augmentation devait s’avérer effective, elle entraînerait, à coup sûr, de la grogne. Pour mémoire, l’Algérie importe annuellement l’équivalent de 600 millions de dollars et sa production de lait local ne représente que 13% des besoins du pays.
Salah Benreguia
