La culture de la disette

La dernière manifestation culturelle notable à Boghni remonte au 20 avril 2000 avec l’invitation du poète feu Djamel Amrani et Laila Derradji, lesquels ont animé une conférence-débat, au siège de l’Association Tagmats, sur la vie et l’œuvre de Kateb Yacine.

L’activité cultuelle dans la région de Boghni, qui a vu naître Akli Yahiatène, Oukil Amar et les regrettés Ali Farid et Med Said ou Belaid – et bien d’autres artistes a quasiment disparu, après avoir traîné la patte depuis le Printemps noir de 2001.

Depuis, c’est le désert culturel. La plupart des associations culturelles se sont résignées à disparaître. Les rares qui ne sont pas dissoutes sont inexistantes sur le terrain, faute de moyens.

« Jusqu’à la fin des années 90, la troupe théâtrale de l’Association « Telelli » présentait régulièrement ses pièces de théâtre, elle célébrait les hommages aux artistes et hommes de culture, et organisait des expositions.

Aujourd’hui plus rien. L’unique salle de cinéma abritant ces activités est fermée, depuis le séisme de mai 2003″, nous confie un jeune.

Selon le P/APC de Boghni, la salle de cinéma dont la toiture nécessite de travaux de réfection, a été classée « zone jaune » et fermée sur recommandation du CTC – sa remise en service ne semble pas être la priorité des élus locaux. La commune de Boghni dispose également d’une salle des fêtes—une structure datant de l’ère coloniale—encore en état, qui sert de salle d’entraînement sportif à l’ASC de Boghni. En conséquence, l’unique lieu pouvant abriter des activités culturelles reste la Maison de jeunes située à la sortie ouest de la ville à proximité du lycée Zamoum. Une année après sa réfection à neuf, elle n’arrive toujours pas à attirer les jeunes.

« Nous avons une dizaine de micros à la disposition des jeunes pour l’initiation à l’informatique, nous leur proposons des cours de musique, de danse, dessin… mais les inscriptions se font rares », a déploré le directeur de la Maison de jeunes, en expliquant ce manque d’engouement des jeunes par l’éloignement de l’établissement du centre-ville. Au lieu de songer à la bonne gestion des infrastructures existantes (réfection de cinéma et de la salle des fêtes), les élus locaux projettent de doter la commune d’un musée culturel, sur le site de l’ex-gendarmerie, un terrain de 4000 m2. « Nous avons deux idées pour sa réalisation : soit confier le projet à un promoteur qui songera a ériger une tour de 10 étages, ou une autre formule qui mérite d’être choisie, et qui est la réfection des locaux existants, afin de garder le patrimoine architectural », a expliqué le P/APC.

Sauf que cet ambitieux projet d’un musée culturel à Boghni est encore à l’état d’un vœu pieux, qui ne peut être réalisé dans le court terme.

Il serait judicieux pour les autorités locales de restaurer la salle des fêtes et le cinéma, afin de répondre dans les délais raisonnables à la demande en matière de culture, tout comme elles seront des remparts d’importance pour réduire le phénomène de la délinquance, sous toutes ses formes, que vivent les citoyens.

Ali Khalfa