Les plaidoiries des avocats de la défense ont repris, hier, au tribunal criminel près la cour de Blida, avec cette remarque de la présidente du tribunal, Mme Fatiha Brahimi. Elle insiste sur la présence de tous les accusés, aujourd’hui, afin de fermer la parenthèse des plaidoiries. Première robe noire à plaider est maître Khaled Berghel, avocat de Djamel Guellimi, chef de cabinet à la banque Khalifa, Hakim Guers, Aziz Djamel, et Hocine Soualmi, respectivement directeurs des agences d’Oran, d’El Harrach et des Abattoirs contre lesquels le parquet a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle en sus de la privation de leurs droits civiques. Me Berghel entame son intervention en disant que l’affaire Khalifa est intervenue dans un contexte de mutation et de dynamique économique que l’Algérie a connu durant les années 90. «Je crois que la banque Khalifa a reçu son agrément et formé dans la précipitation. Il n’était pas un inconnu des autorités officielles. Il faut poursuivre les personnes qui l’ont assisté», explique l’avocat. Me Berghel indique qu’il a utilisé son influence pour se rapprocher des rouages du pouvoir en octroyant des crédits et des avantages. Selon lui, la BA avait constaté les violations mais, il y avait une volonté plus forte que celle du gouverneur de la BA. Me Berghel rappelle que durant le mandat de Mohamed Leksaci, la BA ne parlait pas de la faillite de la banque Khalifa mais enjoignait à celle-ci seulement de «recapitaliser la banque». A ses yeux, la BA était au courant de ce qui se passait dans la banque Khalifa.
L’avocat revient sur le rapport envoyé par Ali Touati, ancien vice gouverneur de la BA, dans lequel était consignées les violations commises par la banque Khalifa. «Le rapport envoyé au ministère des Finances était pour prendre une décision mais le ministre ne pouvait le faire car la banque Khalifa était plus forte. Il a tenté de jeter la responsabilité sur les directeurs des entreprises pour avoir mis l’argent dans la banque Khalifa en contrepartie de contrat. Il a voulu induire en erreur l’opinion publique en affirmant que la loi 1984 interdisait le dépôts des entreprises publiques dans des banques privées», note Me Berghel.
L’avocat souligne que l’installation de l’administrateur provisoire, Djellab, était impersonnelle, l’accusant de «fuir ses responsabilités». Il n’a pas également épargné le liquidateur de ses critiques. «Il s’est arrogé le droit d’accuser certains prévenus comme, Hakim Guers, d’avoir remis des commissions au profit de certaines sociétés tout comme il a utilisé le mot préméditation et cela est une ingérence dans les prérogatives du procureur général», indique-t-il. Revenant au cas de ses clients, Me Berghel tente de rejeter la responsabilité sur Moumen Khalifa. «Il dissimilait les documents relatifs aux comptes d’ordres. Les 80 directeurs des agences bancaires n’étaient pas au courant que la banque plaçait l’argent au niveau de la caisse principale. Mes clients exécutaient les ordres de Moumen Khalifa lorsqu’ils offraient l’argent au gens que celui-ci envoyait», arguet-il et d’ajouter que Hakim Guers avait été suspendu pour une certaine période après avoir contesté un de ses ordres. Me Berghel rappelle les propos du liquidateur selon lesquels les bouts de papiers qui servaient pour donner les sommes d’argents n’étaient pas un acte financier non pas comptable. Il estime que la loi du travail énonce que les employeurs sont astreints d’obéir aux injonctions de leurs responsables hiérarchiques.
Dans cet ordre d’idées, l’avocat avance que les éléments constitutifs de l’association de malfaiteurs ne sont pas réunis puisqu’aucune personne ni entreprise nationale n’a émis une plainte contre ses clients. «L’expert Foufa avait affirmé que les directeurs d’agences ne sont pas responsables de ce qui est arrivé dans la banque mais que cela est de la responsabilité du P-DG et des directeurs généraux de la comptabilité», dit-il. Au sujet de Djamel Aziz, accusé pour avoir être derrière la confection de la liste des 39 personnes bénéficiaires de cartes thalasso, Me Berghel soutient que le contrat est celui du centre de thalasso, non la banque Khalifa. «C’est illégitime d’imputer cette liste à la banque Khalifa. L’affaire des cartes de thalasso est infondée. Mon client est innocent», se défend-il. Pour ce qui est de Hocine Soualmi, directeur de l’agence des Abattoirs, l’avocat estime que le parquet l’a présenté comme un fer de lance. «Les accusés ne sont pas des pilleurs comme certains les ont présentés. Ses déplacements en France étaient réguliers», souligne-t-il, en ajoutant que Hakim Guers est une «victime» puisqu’il n’a rien donné comme commission. Pour ce qui est de Djamel Guellimi, Me Berghel l’a présenté comme une «victime d’un tapage médiatique fomenté» pour la simple raison qu’il était l’ami de Moumen Khalifa. Il rappelle que son client travaillait en vertu d’un acte de travail. «Mon client a nié avoir signé ou rédigé le contrat de la création de la banque Khalifa. Il n’y a aucun intérêt à ce que Guellimi signe le contrat», indique l’avocat.
Hocine Lamriben
