En ces temps d’indigence culturelle, ne tient-il pas du miracle d’apprendre la naissance d’une œuvre d’esprit, plus précisément littéraire ? Le mérite en revient à un jeune auteur, Farid Meghari, qui a “accouché noir sur blanc” d’un recueil de 83 poèmes au titre évocateur de “Le soupir de ma plume”, édité à compte d’auteur. “Autodidacte, forgé par les vicissitudes de la vie”, comme indiqué dans la postface, Farid est né le 9 janvier 1972 à Adrar Aânane dans la commune de Tizi N’berber qui voit ainsi la première parution du genre en langue française. Avant de venir à l’écriture, notre auteur a longtemps mûri sa passion pour la poésie par la lecture de Hugo, Lamartine, ainsi que d’autres noms, dont Djaout. Est-ce pour autant un hasard qu’il s’aventure sur une voie qui n’est pas à la portée du premier venu ? Que non ! L’assiduité avec laquelle il buvait les œuvres des maîtres l’y préparait déjà, “c’était mon seul refuge avant d’éclater en vers poétiques”, nous confie Farid. Refuge, c’est bien le mot qu’il faut pour échapper aux affres d’un environnement oppressant, “alourdi d’un fardeau” ! C’était ça, le registre lexical n’est pas trompeur. Des mots révélateurs d’une profonde tristesse, d’une révolte sourde, d’un quotidien difficilement supportable, émaillent ses vers arrachés aux tréfonds tourmentés d’une âme rongée par un mal profond; “colère”, “gouffre”, “amertume”, “abîme”, “deuil”, “errance, cohabitent sans trop leur laisser de place, avec “fleurs”, “bijoux”, “lumière”, comme pour mieux rendre visible la réalité d’un bonheur inaccessible, exorciser une douleur insondable, pousser jusqu’au paroxysme par des tableaux à l’extrême contrastés; l’inéluctabilité d’une tragédie féconde. C’est à ce prix, seulement à ce prix, que la rupture cathartique a été rendue possible pour sortir d’un univers fait d’enfermement forcé, une prison à l’air vicié par trop d’irrésistibles poussées sentimentales sans cesse échouant sur les parois impassibles des murs du mépris, de la haine, de l’ignorance et de l’incompréhension. “Refoulement”, “image misanthropique” “maladie incurable” “monde haineux”, laisse échappera l’auteur toutes ces souffrance à cause, sans doute, de Nina qui le hante et le torture. Nina, telle Elsa d’Aragon ou Nedjma de Yacine, dont l’ombre se profile à travers tous les poèmes les marquant ainsi de son empreinte à la fois lugubre et éthérée. Quoique l’attrait de versification l’ait parfois emporté faisant que beaucoup de vers “sont entachés du plus plat prosaïsme”, un péché mignon dont ne sont pas exempts même les maîtres incontestés de la poésie, l’œuvre mérite qu’on lui consacre lecture. Notre poète, reconnaît lui-même avoir “accouché noir sur blanc”, cependant, la formule paraîtrait plus achevée si on lui ajoutait que l’accouchement s’est fait par césarienne.
A. Mouzaoui
