l Depuis que l’Algérie a commencé à respirer le grand air de l’embellie financière, des experts et même certains modestes observateurs de la scène économique nationale n’ont pas manqué de relever la vérification de cette thèse connue depuis que l’homme s’est organisé en société : l’argent ne fait pas le bonheur. Cela demeure vrai que ce soit à l’échelle du foyer ou dans l’univers de la république. Certains officiels n’ont pas pris de gants pour dire la réalité crûment. « Nous avons les ressources financières, mais cela ne suffit pas », avouait en septembre dernier Mourad Medelci, ministre des Finances. L’Algérie l’apprend un peu plus chaque jour. Les rentrées de devises issues de l’exportation des hydrocarbures n’ont jamais atteint le niveau qui est le leur aujoud’hui. Sur onze mois d’exercice de l’année 2006, la balance commerciale est excédentaire de 30 milliards de dollars. La dette extérieure ne dépasse guère cinq milliards de dollars après les payements anticipés commencés sous le gouvernement Ouyahia. L’inflation est officiellement maîtrisée au-dessous de 4%. Mais les prévisions de croissance sont revues à la baisse le mois de janvier dernier par le FMI. Au lieu des 6 ou 7 % attendus, Cette institution n’escompte pas plus de 3,5 %. Il faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des investissements réalisés au cours de ces derniers mois et qui sont programmés pour les quatre prochaines années sont des investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils sont des projets structurants, susceptibles, à terme, d’attirer les véritables investissements via les entreprises industrielles, manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services,…etc. En quoi ces chiffres secs et ces prévisions qui relèvent pour l’instant presque du virtuel- d’autant plus que des facteurs de blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques initiatives)-, peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien Premier ministre, Ahmed Benbitour, parle carrèment du risque d’une explosion sociale. Le chômage, la faiblesse du pouvoir d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne poussent pas à l’optimisme.
Si de tels constats revêtent quelque vérité, c’est que les indicateurs macroéconomiques qui fondent la stabilité de l’économie algérienne depuis deux années ne suffisent plus à décrire la réalité du terrain. Nul besoin de s’échiner à remettre en cause les indices et les chiffres officiels donnés par les autorités. Mais, depuis le début des années 90, les spécialistes en économie ont introduit de nouveaux critères pour caractériser non seulement l’état d’un pays, mais aussi et surtout la situation des populations et des individus qui y vivent. Avec les IDH (Indices de développement humain) que le PNUD a mis en place, le diagnostic du développement d’un pays est mieux rendu. Ces indices complètent et éclairent d’un jour nouveau les traditionnelles statistiques qui portent sur le PIB, l’inflation, le déficit budgétaire, le service et l’encours de la dette,…etc.
Le rapport du PNUD pour l’année 2006, se basant sur les IDH, renvoie notre pays à la 102e position. Cette critériologie qui considère la longévité, l’accès au savoir et le PIB par habitant comme des éléments essentiels pour l’évaluation du développement d’une société relègue l’Algérie dans une position qualifiée de ‘’moyenne ». Par contraste, la comparaison avec la situation macroéconomique du pays, jugée stable, pose moult interrogations quant à l’efficacité de l’utilisation des ressources dont nous disposons. On ne sera pas loin de la vérité-selon l’avis même de certains officiels-en disant que la fructification de cette manne se fait au petit bonheur la chance. M. Watkins, le responsable du rapport du PNUD, fait cette observation : « Tant que l’argent du pétrole ne travaille pas en Algérie, le pays, voire l’Algérien pauvre, sentira les conséquences. Les populations sont la véritable richesses des nations ».
A. N. M.
