Si par le passé, les marchés de Kabylie étaient les lieux où se déroulaient toutes les transactions commerciales et règlement des conflits familiaux par les sages des tribus, aujourd’hui, ils sont devenus les points de chute de tous les charlatans de tout bord.
En effet du marché de Tala Athmane, en passant par celui des Ath Irathen, de Aïn El Hammam jusqu’au Souk Essebt de Tizi Gheniff, on peut entendre, chaque jour de marché hebdomadaire, ces guérisseurs venir vanter les vertus de leurs produits à qui veut bien les entendre, munis de mégaphones et de haut parleurs à haut décibels ; ils crient à tue-tête en vue d’amadouer la clientèle composée principalement de vieux.
Ce qui est paradoxal, c’est que ces “érudits” se disent guérir même les maladies les plus incurables. Au moment où des équipes de chercheurs éminents des plus grandes universités peinent à progresser d’un iota, pour trouver un remède aussi préventif soit-il au sida ou au cancer à titre d’exemple ces “messieurs” proposent des lotions ou des sachets d’herbes médicinales, dont ils ignorent complètement les méfaits ou les bienfaits pour leurs potentiels clients.
Dans une virée au marché de Tala Athmane, nous nous sommes rapprochés de l’un d’eux. Entouré d’une foule compacte, le guérisseur égrène un chapelet de versets coraniques avant qu’un vieux ne s’approche de lui pour lui dire à l’oreille qu’il souffrait d’un calcul au niveau du rein droit.
Sans plus d’explications, notre “professeur en médecine” lui propose un petit sachet de plantes écrasées pour deux cents dinars. Tout content, le patient règle la facture sans commentaires.
Sachant que beaucoup de personnes souffrent du colon, le guérisseur cite toutes les autres maladies qui sont à l’origine du colon : maux de tête, ballonnement du ventre, tension artérielle, impuissance et bien sûr la liste reste longue. Si nous abordons ce sujet, c’est surtout pour dire que la santé publique est menacée. Sinon comment autoriser tous ces charlatans à profiter des patients qui sont parfois condamnés par des maladies jusque-là incurables ?
Ce phénomène gagne de plus en plus vite nos villages sans que personne ne daigne lever le petit doigt. Il est urgent que ceux censés protéger le citoyen interviennent pour mettre un terme à ces pratiques, qu’on croyait révolues à jamais, surtout qu’on sait aujourd’hui que le monde est devenu un village planétaire.
Donc, au moment où la science peine à guérir des maladies qualifiées de maladies du siècle, des “ingrats” continuent à profiter de l’ignorance de leurs frères au su et au vu de tout le monde. Tout compte fait, ces “médecins autoproclamés” échappent non seulement au fisc, même s’ils amassent des sommes d’argent importantes mais surtout ils peuvent porter atteinte à la santé des citoyens déjà malades en leur vendant des plantes parfois nuisibles. Qui arrêtera ces incursions néfastes sur nos marchés ?
Amar Ouramdane
